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entrée en mystère

De Plymouth, 6 mars.

Le destroyer Swift, de la flotte britannique, est entré en cale sèche hier après-midi pour être réparé. Il a subi des avaries au sujet desquelles la consigne paraît de se taire [sic]. N’y aurait-il pas un rapprochement à faire entre ces mystérieuses réparations et l’accident non moins mystérieux de la Bretagne ?


La Libre Parole

(Article de tête du 9 mars. Fragment terminal.)

… Une fois de plus les Diplomates se sont abouchés, et comme toujours, les nôtres ont exécuté en mesure les courbettes les plus serviles devant les déclarations de l’étranger.

Ainsi donc, Messieurs les Larbins chamarrés, vous croyez le commandant du destroyer anglais lorsqu’il soutient que, au moment de l’abordage, « il se trouvait à 35 milles au nord de la Bretagne » ?… Et vous le croyez encore lorsqu’il avoue que « l’accident du destroyer s’est produit néanmoins quelques secondes après celui du paquebot » ?… Quand il déclare que « prenant part à une manœuvre de nuit, il devait naviguer tous feux éteints », cela ne vous dit rien, cela ?… Quand il s’écrie (comme le commandant de la Bretagne, parbleu !) : « Je n’ai rien vu ! » vous admettez cela, vous ?… Alors, s’il vous plaît, le vaisseau-fantôme, présent partout à la fois, serait-il ressuscité ? Ou bien les deux embarcations se sont-elles heurtées à travers la distance de soixante et dix kilomètres ?… Allons ! allons ! j’aime mieux croire à la culpabilité du capitaine anglais et à l’aveuglement — bien pardonnable — du capitaine français. C’est plus simple. Mais la Diplomatie a parlé ! Saluons !

La perfide Albion glapit : « L’accident du destroyer Swift est inexplicable ! » Et l’Amirauté prétend avoir fait le silence autour de lui « seulement pour éviter que l’on rapprochât les deux collisions » !!! « Seulement » c’est déjà joli ; mais « deux » c’est sublime.

Pas d’hypocrisie, morbleu ! ambassadeurs que vous êtes ! Et comme disait le père Hugo :

« C’est bien. Essuyez-vous. »