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le carnaval du mystère

toute sa vie était derrière elle, et voilà qu’elle passait la revue de ses défuntes apparences, coques vides qui, tout à tour, avaient contenu ses âges divers… Je croyais deviner le cours de son rêve. Sans doute elle posait çà et là, sur tel ou tel falbala, les visages morts qu’elle s’était connus aux miroirs. Des visions replaçaient pour elle chaque robe dans son décor le plus inoubliable : celle-ci couchée sur le satin jonquille de la calèche, au tour du Lac, celle-là gravissant les degrés de l’Opéra entre les haies blanches et bleues des cent-gardes, telle autre emportée au branle des scottishs et des rédowas dans la Salle des Maréchaux…

Les laquais s’arrêtèrent au cri que jeta leur maîtresse. Mme Lefreu et moi, nous accourûmes, et voyant Mme d’Ombrevannes, nous crûmes voir la Félicité en personne. Un instant, ses prunelles fanées me contemplèrent avec une indicible expression de reconnaissance.

— Merci, prononça-t-elle dans un souffle. Je savais bien… Votre grand-père… vous a chargé de… Donnez, donnez-la-moi, Lefreu !

Nous suivîmes la direction de son regard. Après avoir parcouru la moitié de la Galerie, nous étions revenus près de la porte, et derrière le battant, les yeux fixes de la princesse d’Ombrevannes désignaient une robe d’apparat, couleur tourterelle et barrée d’une écharpe de gaze gris-souris.