Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/104

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L’HOMME AU CORPS SUBTIL

matique, usée, d’un bien petit effet sur le lecteur, mais toujours neuve (et singulièrement !) pour celui qu’on menace.

Bouvancourt se prit à réfléchir. Sa tête bourdonnante lui semblait un nid d’abeilles où l’essaim des idées tourbillonnait. Depuis quelques minutes, il se demandait si le personnage ambigu de Morand n’était pas une femme de trente ans plutôt qu’un damoiseau de dix-huit. C’est qu’il s’exprimait avec un aplomb ! Ses discours avaient tant d’assurance et trahissaient tellement l’habitude de la parole !… Et puis, que de grâce et de beauté !… Mais, simultanément, Bouvancourt se représentait les crimes de ce fauve mâle ou femelle. Les victimes de la bande à Morand se levaient à nouveau dans son horreur, poussant des plaintes d’agonie… Et tout cela restait noyé dans la grande perplexité confuse où se débattait la volonté du physicien devant cet acte malfaisant qu’on était sur le point de lui commander. À cet égard, mille conceptions s’entre-croisaient si fougueusement dans la ruche de sa cervelle, qu’il ne voyait plus clair au dedans de lui-même.