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LA GLOIRE DU COMACCHIO

de son destin. La masure disparaissait à ses yeux. Il était grand seigneur, logé aux frais de la Cassette, dans un palais, peut-être même dans ce palais Belfiore où le duc avait hébergé Cellini…


Mais une odeur puissante frappa ses narines et lui fit tourner la tête.

Un maigre vieillard s’était introduit jusque-là dans le silence d’une vision, si furtivement que le sculpteur resta quelques secondes les sourcils haussés, avant de s’ébahir :

— « Holà ! mais, par le Diable bicorne, voilà Ser Jacopo Tubal !… »

Muet, le nouveau venu considérait la nymphe monumentale à qui le soir prêtait des nuances de chair. Nez pesant, barbe de Moïse, c’était un Juif. Il clignotait derrière des besicles de corne aux verres bleutés, épais et ronds comme des loupes, qui violaçaient et déformaient ses yeux sanglants. Un chapeau flamand lui tombait sur les oreilles, et sa dalmatique de laine sentait le suint à dix pas.

Il fit une révérence de petite vieille.