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XLII
PRÉFACE.

Si tentant que cela puisse être, je n’essaierai pas de le définir en une formule de deux ou trois mots. Non pas qu’il ait la complexité d’un Rousseau, d’un Chateaubriand, d’un Balzac, ni même, à plusieurs degrés au-dessous d’un Flaubert. On peut faire le tour de son œuvre sans la perdre de vue un seul instant. Aucune échappée sur l’infini, aucune inquiétude, ramenée aux proportions de l’art, de l’insoluble problème de la destinée humaine, ou bien tout cela ramené à l’échelle d’une église et d’une mairie rurales.

Son œuvre, on peut la traverser par des chemins connus sans craindre de s’y égarer. Elle représente un terrain très nettement circonscrit, où les épis et les arbres poussent drus et droits. Soufflant de près ou de loin, nulle influence ne les peut même incliner. Peu lui importe ce qui, littérairement, pousse à côté : forêts vierges, fleurs exotiques transplantées. Peu lui importe d’aller, après Chateaubriand, dormir aux rives du Gange " tandis que le bengali, perché sur le mât d’une nacelle de bambou, chantait sa barcarolle indienne. " Ce qu’il écoute, lui, c’est le pinson qui, " au bout du toit de la grange..., répète par intervalles égaux sa note héréditaire. " II n’ira point, avec Barrès s’exalter à Tolède qui " sur sa côte et tenant à ses pieds le demi-cercle jaunâtre du Tage, a la couleur, la rudesse, la fière misère de la sierra où elle campe, et dont les fortes articulations dorment, dès l’abord, une impression d’énergie et de passion. " Il regarde l’humble rivière qui " blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules ", la pauvre famille d’arbres, le simple " village " perdu dans la brume.

Il disait : " Quand j’écris, je veille uniquement à ce que mes phrases je tiennent. Je ne me soucie nullement de ce que les autres ont fait de leur temps, je n’appartiens à ucune école, j’ignore où j'aboutirai et je n’y pense jamais. Seulement, je suis convaincu d’être