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Page:Revue Musicale de Lyon 1904-11-06.pdf/4

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revue musicale de lyon

tions, mais même dans ses moyens d’action extérieurs et purement matériels. À l’étranger, c’est le plus souvent le monarque lui-même qui y pourvoit, tandis qu’en France, où la politique prime tout le reste, nul ne paraît se soucier de la question esthétique, qui pourtant est si intimement liée à celle de l’éducation populaire. Quand on voit, par exemple, le prince Louis-Ferdinand, de la maison royale de Bavière, s’astreindre à occuper modestement le pupitre de premier violon au Prinz-Regent de Munich, on ne peut s’empêcher de songe que bien peu de nos démocrates seraient capables d’un pareil acte de dévouement aux intérêts de l’art. C’est peut-être justement parce que ceux qui prétendent en avoir la garde s’y montrent aussi indifférents que le public les délaisse à son tour. Le jour où Wagner bénéficiera sur nos scènes lyriques d’un ensemble de conditions aussi parfaites de tous points que celles qui caractérisent les exécutions allemandes, nous verrons si sérieusement son étoile semble pâlir, ainsi que l’affirme M. Pierre Lalo. Jusqu’à présent, je n’estime point que l’expérience ait été suffisante pour être concluante.

Antoine Sallès.

Autour du Monument
de CÉSAR FRANCK

i. Le Discours de M. Théodore DUBOIS

M. Théodore Dubois a, comme nous l’avons rapporté dans notre dernier numéro, pris la parole à l’inauguration du monument de César Franck. N’ayant pu nous procurer de suite le texte de ce discours, nous étions impatient de savoir comment M. Dubois s’était tiré d’affaire dans cette situation, pour lui embarrassante à plus d’un titre : Il avait en effet à parler au nom du Conservatoire dont il est le directeur et qui oublia toujours beaucoup le père Franck pendant sa vie et, à sa mort, négligea de se faire représenter aux funérailles. (M. Dubois, comme ses collègues, n’y assistait pas[1]). D’autre part, Franck est, par ses élèves et amis, MM. Vincent d’Indy, Guilmant et Charles Bordes, en quelque sorte le président d’honneur de la Schola Cantorum, école de musique dont la concurrence est chaque jour plus redoutable pour le Conservatoire et pour laquelle M. Dubois professe naturellement une sympathie limitée.

Le Ménestrel vient de publier ce discours et nous le reproduisons ci-dessous presque intégralement car il est intéressant à plus d’un titre, et nos lecteurs pourront y apprendre l’art de se tirer d’un mauvais pas. Faisant une réédition pratique du mot célèbre : « Rien ne manque à sa gloire, il manquait à la nôtre », et sous couleurs de prononcer l’éloge funèbre de César Franck, M. le Directeur du Conservatoire s’est appliqué surtout à chanter la louange de M. Théodore Dubois.

L. V.

« C’est pour moi un grand honneur d’avoir été appelé à rendre publiquement hommage au grand artiste que fut César Franck. — J’en remercie sincèrement les membres du Comité et je considère comme un très doux devoir de prononcer quelques paroles devant le monument de celui qui m’honora de son amitié, et dont les sentiments d’estime et d’affection ne se sont jamais démentis à mon égard.

« Oui, messieurs, je suis peut-être, de tous les musiciens présents, celui qui a connu César Franck de plus longue date, et qui, depuis, n’a pour ainsi dire jamais cessé de vivre avec lui, à Sainte-Clotilde et au Conservatoire, dans une sorte de communion, de collaboration artistique, jusqu’au jour où sa belle âme est entrée dans l’éternité.

« Je dois m’excuser de rappeler des souvenirs personnels, mais ils tiennent tellement à la vie de Franck et à l’histoire de la noble basilique qui est devant nos yeux, que je ne puis les passer sous silence ; ils expliquent la profonde amitié que je n’ai cessé de lui vouer. — En effet, lorsqu’en 1858 l’église Sainte-Clotilde fut ouverte au culte, César Franck en avait été nommé maître de chapelle ; j’avais alors vingt ans et étais élève au Conservatoire ; je vins sans recommandation

  1. On sait que vingt-deux personnes seulement suivirent le convoi de César Franck.