Page:Revue de l'art ancien et moderne, juillet 1906.djvu/452

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PAUL RENOUARD 309 poète. Rien de semblable dans la vision de Renouard. Certes, elle n'est ni édulcorée, ni souillée de cet optimisme béat que le goût moderne ne souffre plus ; telle de ses planches nous montre des fillettes dont la préco- cité maladive apparaît douloureusement en ces physionomies vieillottes ou trop fines, ou trop hardies, ou trop rêveuses, qui, sur des membres d'en- fant, mettent l'empreinte d'une âme de femme, mais une impression de bonne humeur n'en domine pas moins tout l'ouvrage, comme elle domine tout l'oeuvre de Renouard. Certes, cet artiste entend ne pas être trompé et ne pas tromper son public sur les hommes et les choses qu'il regarde. Certes, il ne se laissera pas prendre aux attitudes solennelles, guindées ou austères, mais la petite hypocrisie sociale de ceux qui portent ces beaux masques officiels ne le fâchera nullement : elle l'amusera. Il en rit ou plutôt il en sourit, d'un sourire vif et joyeux, dont l'ironie ne détruit pas l'indul- gence ni la bonté. De la même façon qu'il vit l'Opéra, Paul Renouard a vu la rue et le monde. Quand il était encore chez Pils, il avait découvert un beau jour, se promenant dans Paris, les bureaux de la revue l'Art. Hardiment, le carton sous le bras, il y était entré, avait montré ses dessins, qui aussitôt avaient été acceptés, et ainsi avait commencé l'interminable et charmante série des Mouvements, gestes et expressions. C'est là qu'on peut voir l'art de Renouard dans sa vie intime, originale et profonde. Mouvements, gestes et expressions, ce sont les croquis, les dessins, les études que Renouard prend au hasard de ses promenades dans la vie quotidienne, où il fixe le mouvement de l'enfant qui joue, du cheval qui piaffe, du chien qui saute, du canard qui s'ébroue. Ce sont les flâneries d'un artiste à travers la ville et à travers le monde, et c'est en regardant de près ce qu'il rapporte de ces flâneries, que l'on saisira le mieux la technique d'un art qui est à la fois le plus savant et le plus libre qui se puisse imaginer. Cet art est fait tout entier d'observations person- nelles et directes. Nous avons vu que Renouard n'avait guère fréquenté l'École ; aussi son dessin ne porte-t -il pas la moindre trace de l'enseigne- ment de l'École, correct, conventionnel et froid. Est-ce à dire qu'il puisse tomber parfois dans ces incorrections, par quoi certains grands artistes paient la rançon de l'extrême liberté de leur talent? En aucune manière. LA REVUE DE L'ART. — XX. 47