Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 3, 1913.djvu/6

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réelle » entre les termes opposés deux à deux, sur l’un desquels, dans chaque couple, la philosophie bergsonienne met l’accent. Cette unité foncière du système se découvre lorsqu’on se place « au point de vue central de l’intuition vivante ». On se convainc alors que les antinomies précitées procèdent de « crises » passagères, inhérentes à l’évolution même de la doctrine, et que son achèvement les fait évanouir. Cette doctrine peut ainsi être caractérisée successivement « comme une doctrine religieuse de la transcendance, comme une doctrine moniste de l’intuition, comme une doctrine évolutioniste du devenir, comme une doctrine rationaliste de l’action créatrice » (p. 155).

Nous nous abstiendrons d’apprécier sommairement un travail de ce genre, qui parait dénoter, en tout état de cause, un remarquable effort de pénétration. La philosophie de Bergson est encore obscure sur plus d’un point. L’exégèse de M. Segond l’éclaircit-elle beaucoup ? Le « bergsonisme » s’est créé un langage spécial, qui n’est pas toujours fait pour faciliter l’intelligence de la doctrine. Et ce ne sont pas des commentaires encore plus ésotériques que le texte à déchiffrer qui éclaireront les recoins ténébreux de l’intuitionisme.

Conférences sur quelques Thèmes Choisis de Chimie Physique Pure et Appliquée, faîtes à l’Université de Paris, par Svante Arrhénius, directeur de l’Institut Nobel scientifique à Stockholm, 1 vol. in-8 de 113 p., Paris, Hermann, 1912. — Deux de ces thèmes contiennent des résumés de travaux et des exposés de résultats qui sont surtout destinés aux spécialistes : Les suspensions et les phénomènes d’adsorption. — L’énergie libre (c’est-à-dire énergie utilisable ou puissance motrice). Mais le premier et les deux derniers retiendront l’attention des philosophes. Deux conférences sont consacrées aux atmosphères des planètes et aux conditions physiques de la planète Mars. Suivant M. Arrhénius, Mars est sans doute un désert absolu de température d’environ 30° au-dessous de zéro. Quant aux fameux canaux de Mars, ils ont leur équivalent sur la terre dans les lignes géotectoniques que les géologues ont relevées dans certaines régions de la Basse-Autriche ou encore de la Sicile et des Calabres. La première conférence, l’hypothèse moléculaire, rappelle, dans un saisissant raccourci, la série des travaux, d’une merveilleuse précision et d’une merveilleuse fécondité, qui dans ces dernières années, et de tous les coins de la physique, sont venus apporter la confirmation de l’expérience à la théorie cinétique des gaz, travaux auxquels notre compatriote Jean Perrier a pris une part décisive, y introduisant avec lui, selon l’expression de M. Arrhénius, une élégance gallique.

L’Unité Morale des Religions, par Gaston Bonet-Maury, 1 vol. in-16 de 214 p., Paris, Alcan, 1913. — Ce livre est un témoignage donné à l’importance d’un des phénomènes sociaux les plus remarquables de notre temps : le mouvement de syncrétisme religieux.

Un premier chapitre met en lumière le syncrétisme moral, né de la pénétration réciproque des grands mouvements religieux et éthiques du monde méditerranéen (Égypte, Palestine, Grèce et Rome). Vient ensuite une très sommaire revue des morales de chacune des grandes religions mondiales : chinoise, hindoue, bouddhique, mazdéenne, hébraïque, musulmane, chrétienne. Le centre d’intérêt est placé sur la morale chrétienne, dont l’exposé, préparé par celui du syncrétisme méditerranéen, se développe par la description de l’évolution de la morale chrétienne : morale de Jésus, interprétation paulinienne et johannique, altération catholique au moyen âge ; enfin renouvellement par les Réformateurs et transmission par eux jusqu’à notre temps du véritable esprit évangélique, dont les plus authentiques représentants ont été ou sont Zinzendorf, les frères Moraves, les Quakers, les Unitaires, et l’Armée du Salut : cette morale protestante, continuant l’élan donné par Jésus, évolue dans la direction de la conscience morale du genre humain. — L’unité morale entrevue au cours de ces analyses rapides est confirmée et accrue par les témoignages des congrès internationaux de religion, qui se sont succédé depuis le congrès de Chicago de 1893, témoignages dont l’auteur reproduit quelques intéressants spécimens. — Un dernier chapitre présente une comparaison fort sommaire des morales des sept religions, ramenées à trois groupes : dans le premier, où la valeur dominante appartient aux notions de devoir, de raison, de nature des choses, se rangent les religions de la Chine et du Japon, auxquelles se peut joindre le stoïcisme gréco-romain ; le second, caractérisé par le légalisme, comprend le mosaïsme, le brahmanisme des lois de Manou, l’islamisme, le catholicisme du moyen âge ; dans le troisième la prédominance de la notion de pureté réunit des formes épurées de l’Hindouïsme, le Mazdéïsme, le Bouddhisme, le Christianisme des évangiles. D’ailleurs toutes les formes religieuses ont en