Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 3, 1914.djvu/26

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kraft à la fois sur les données sensorielles et sur les concepts purement intellectuels.

Car (Kant l’a montré le premier) le contenu de la pensée nous est donné par les sens. Ces données des sens sont donc dignes de retenir l’attention du savant et du philosophe ; mais l’un et l’autre ne doivent pas les contempler dans leur état « intra-cérébral », état où il les trouve figés et morts, mais dans leur vie, dans leur évolution, dans leur développement.

Telle est donc la conclusion logique du kantisme : telle est aussi la situation du positivisme : celui-ci est l’aboutissant logique de celui-là, si étrange que cela puisse paraître. Mais, par suite d’une exagération de la dialectique kantienne, le positivisme en est arrivé à une systématisation purement mathématique et formelle de la réalité.

Entre ces deux formes de la pensée philosophique, entre la conception aprioriste, idéaliste du réel, et la perception, intuitive ou immédiate du réel dans son évolution nuancée, seule forme de la seule philosophie digne de ce nom, se creuse le fossé qui séparait déjà Gœthe et Schiller, l’artiste objectif qui puisait son inspiration dans le réel et l’artiste kantien qui appliquait à la nature et à la vie lés cadres préformés de son idéalisme.

Karl Fahrion : Der Begriff der Wahrheit. — L’auteur veut montrer les erreurs que renferment les différents concepts de la vérité, et notamment pourquoi ces différentes conceptions n’atteignent pas, dans la philosophie moderne, le but qu’elles s’étaient proposé.

Aux trois périodes de la philosophie correspondent trois définitions de la vérité :

Pour la philosophie grecque, vérité et réalité ne sont qu’un ; la vérité est la nature, le réel saisi et dissocié par l’intelligence.

Le moyen âge s’éloigne peu de cette conception ; toute sa philosophie est dominée par l’idée d’un dualisme, d’un conflit, entre Dieu et le monde, entre le monde objectif et la conscience, entre les sens et l’intelligence. La vérité consiste donc, pour la logique scolastique, en un accord entre la pensée et l’être.

La philosophie moderne crée une autre conception de la vérité : Descartes la voit dans la clarté et l’intelligibilité des idées. Locke la trouve dans l’accord des représentations entre elles et Kant dans l’accord des pensées avec les lois de l’intelligence.

Ainsi donc, la vérité, qui pour la philosophie ancienne avait un fondement objectif, extérieur à la conscience, devient, dans la période moderne, purement subjective. La première se trompait, car il n’existe aucune réalité purement objective, à laquelle ne se mêle aucun élément de l’être pensant, que la conscience ne déforme pas en la saisissant ; l’erreur moderne consiste en ce que le philosophe ne reconnaît pas à cette réalité intuitivement sentie une existence objective. C’est peut-être là que gît la cause profonde du conflit entre le pragmatisme et l’intellectualisme et une définition de la vérité, qui ferait une part égale à ces deux éléments, serait peut-être de nature à résoudre cette antinomie.

Oliver von Hazay (Budapest) : Sur la conception primitive du temps. — L’intelligence de l’homme ordinaire saisit le temps comme une réalité homogène et ininterrompue. C’est pour lui une nécessité de pensée. Il l’envisage sous les trois aspects de futur, de passé et de présent, ce dernier ayant pour lui, malgré la logique, une étendue ; mais cette continuité homogène, qui nous semble inhérente à l’idée de temps, est au contraire extérieure à elle. La sensation, la vie, ne nous donne qu’un temps fragmentaire et discontinu ; et c’est par une correction que notre moi fait de ces données discontinues et fragmentaires la durée homogène et continue.

Hugo Marcus : Les rapports réciproques de l’esthétique et de l’éthique. — Le beau et le bien étaient autrefois confondus dans une même notion. On tend aujourd’hui à les séparer. Malgré les différences profondes qui séparent ces deux concepts : différence dans la conception des objets, différence des critères d’appréciation, différence des expériences, elles peuvent se réunir dans la poursuite d’un but commun. Cette union est, au reste, déjà partiellement réalisée dans la religion, où le beau et le bon se confondent intimement, et dans l’amour.

Otto Kröger. L’essence des objets à la lumière du pur idéalisme. — Après avoir posé les principes du pur idéalisme, savoir : toute existence est un aspect du moi, n’est rien en dehors du moi ; le monde extérieur n’est qu’un phénomène à l’intérieur du moi ; il n’existe aucun « être » (Sein) en dehors de mon moi, O. Kröger en tire des définitions éthiques et métaphysiques, et des solutions aux différents problèmes. Il définit ainsi la liberté : l’accord à l’intérieur de la multiplicité de l’être. Le plaisir est pour lui