Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 4, 1913.djvu/20

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qui, au delà, .de tous les Oui de la nature et de la conscience, fait saisir le Non éternel qui nous contraint de les dépasser sans cesse. Au fond cette réflexion est une, expérience mystique comme l’expérience mystique, est une réflexion. Toute puissance de changement vient donc d’un con tact: avec, l’éternel; tout détachement, toute -liberté: viennent de notre union avec .Dieu. Etre mystique, c’est avoir l’esprit ouvert à, toute nouveauté, c’est être un homme libre et un créateur; car c’est la. conscience de l’absolu, l’empirisme le plus radical,.qui seuls libèrent. L’esprit de l’homme ne saurait trouver l’unité et le bonheur (le bonheur, c’est.le fait ’que notre expérience est une, et qu’une idéétrès vaste la domine) ni dans une- morale de l’ironie ni dans un stoïcisme qui, retire an monde toute valeur et nous laisse Teferiiiés sur nous-mêmes, ni dans une morale altruiste qui voudrait faire notre bonheur^ uniquement avec le bonheur de l’avenir, Ce; n’est pas la résignation qui peut donner le bonheur, mais peut-être le renoncement, dicté par une ..volonté. intérieure et^plus. résistante, par une volonté sûre de sa victoire. Or la religion nous donne une telle volonté; car la conscience prophétique qui est la conscience .de la fatalité transposée dans l’action, l’anticipation du succès, l’assurance du salut, la. communion avec la volonté-_divinë place nos actes dans la ̃ réalité et dans la réalité, éternelle. Bile unit l’assurance du stoïque, l’universalité d.ev.raUruiste," et l’a. volonté de puissance. Nos actes étant profondément réels, nous .reous. sentons ré.els,nous et la nature qui est en face de nous; jious nous délivrons du péché le plus.grave, qui est notre jSomnambulis’m.e notre conscience se fait naturelle et historique, entièrement éveillée, littérale et réelle, gràce à cette pensée prophétique. qui est légitime si nos actes s’ont, ramassés, sont soutenus par une force, par’une unité supérieure, "qui est Dieu, dans l’Eternité, et que l’Eglise réalise dans .l’histoire;

An Interpretation of Rudolf Eucken’sPliilosopny, par W.Tudor Jones.

̃1 vol. ïh-S, de 250 p., Londres, Williams and Norgate, 1912. M. Tudor Jones cherche ..Je- principelde la philosophie de Eucken dans l’aspiration, dans l’elan vers une .,vie plus intense, dans le désir du mieux," « du plus, du toujours plus ». Cette vie plus intense, Kucken. la découvre dans la vie spirituelle qui est caractérisée, la fois par la profondeur et par .la richesse des états de l’àme. Par leur richesse car .c’est; par l’activité totale .de l’Orne que nous aurons le sentiment un saut de l’idée vers la réalité;’ l’idée à l’aide de laquelle l’homme critiquait l’expérience a pris tout à coup une forme objective. C’est parce que nous ne pou-,vons aller de nous ou de la nature à Dieu que l’idée de Dieu implique l’existence’ L’argument ontologique est la preuve unique de Dieu, et ceci parce qu’il est une pure description d’expérience à l’instant où l’homme sent que la nature est illusoire, il saisit au delà des phénpmènes quelque chose d’autre; l’idée de ce quelque chose d’autre extérieur’ 5 "ïn’oimême et à la nature implique que nous. le sentons, que nous en faisons -l’expér rience. L’argument ontologique nous’ ouvre ainsi les portes de l’extériorité et nous libère de nous-mêmes, il s’applique d’ailleurs à toutes les idées qui ont une existence et une valeur. En achevant cette partie de son ouvrage, M. Hocking étudie les attributs de Dieu J’aimerais mieux, dit-il, adorer mille’ idoles qu’une divinité. subjective » il insiste aussi sur.ee. fait,que le Dieu transcendant est le plus accessible à l’àme et le plus efficace; enfin la personnalité de l’homme, dit-il, perdra d ’e sa force, à mesure que son Dieu perdra son caractère concret.

Plus la religion devient universelle, plus les régions de l’àme qu’elle.alteint sont profondes, et plus elle devient personnelle; elle est dominée de.plus en plus par l’adoration des grands mystiques, De même que l’amour découvre l’idée et le centre spirituel de la personne aimée, l’expérience mystique découvre l’idée’ du. tout, et donne un sens aux défauts mêmes du monde: elle nait en effet quand, le tout étant à son tour devenu un objet pour notre âme. notre àme détruit la volonté qui est par essence abstraite et incomplète: et l’attention volontaire, pour rechercherl’individualité totale dans l’extase; grâce

à la pensée du tout, les choses recouvrent leur valeur. Cette expérience prend place dans un instant infiniment précieux,, disjoint du reste de l’expérience et par là même mystérieux. Par l’adoration, le cercle où se meut l’espérance "est -brisé; les moments de renouvellement,: à vrai dire, ne sont pas des moments où ce.qui est ancien, passé, n’est pas présent a la., conscience, mais au contraire où :le passé est réalisé fortement, mis en contact tout à coup avec notre moi le plus profond, et rejeté; de cette réflexion du passé: sur le moi présent et profond nait, .immédiatement et nécessairement, l’idée neuve., Or ce pouvoir de rétlexion, de retour du moi, qui nait dans des moments de dissatisfaction, dépend de notre faculté -de

trouver un absolu, de la réflexion, totale