Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 5, 1912.djvu/14

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Le Dr Robert Reininger étudie l’idéalisme critique de Kant au point de vue de la théorie de la connaissance. L’esthétique transcendantale est la partie la plus obscure de la critique kantienne ; Kant apparaît tantôt comme un hyper-idéaliste, tantôt comme un demi-idéaliste, selon que l’on insiste sur le fait que le moi n’est pour lui qu’un phénomène du sens interne, ou sur le fait qu’il reconnaît la réalité de choses en soi. On a tort de croire, en exagérant l’importance relative des Prolégomènes, que le point de départ de Kant est le système des jugements synthétiques a priori, quand ce point de départ est en réalité dans l’intuition empirique de la conscience naturelle. De l’analyse de ce donné résulte la doctrine de l’idéalité de l’espace et du temps, et cela non pas en vertu de preuves, mais par la considération intuitive de la nature de l’expérience. L’idéalisme critique de Kant consiste essentiellement à caractériser la réalité empirique en en découvrant les facteurs constitutifs et nécessaires. Son résultat le plus important est l’idée que ces différences, au point de vue de la théorie de la connaissance, dans l’expérience totale, n’entraînent pas par elles-mêmes de différences de rang au point de vue de la réalité métaphysique. Cet idéalisme critique est un anti-idéalisme si l’on entend par idéalisme une doctrine qui transforme les choses en simples représentations, en processus internes se déroulant dans les consciences. Tout idéalisme repose sur la supériorité que l’on accorde a l’expérience interne sur l’expérience externe : l’esthétique transcendantale de Kant, en montrant leur parité, détruit tout idéalisme, aussi bien l’idéalisme cartésien, pour lequel les perceptions extérieures sont des images de réalités placées dans l’espace métaphysique, que l’idéalisme berkeleyien pour lequel ces perceptions, avec leurs déterminations spatiales et temporelles, sont des processus subjectifs. Cette conception de l’idéalisme critique est réaliste, positiviste : elle accorde une valeur de réalité à l’expérience pour la conscience connaissante, et met cette valeur à l’abri des interprétations illusionnistes comme des attaques sceptiques. Seul, cet idéalisme critique permet la constitution d’une théorie de la connaissance indépendante de la métaphysique.

Le Dr Kreibig apporte une Contribution à la théorie de la perception. Il démêle les éléments de la perception, sensation, attention, jugement, affirmation d’existence, coefficient émotionnel, etc. L’objet perçu a des qualités, et, dans l’espace, de l’extension, des limites, un lieu (le temps est pour M. Kreibig quelque chose de psychologique, qui n’appartient pas à l’objet réel du monde extérieur). Mais la simple somme des qualités et des déterminations spatiales ne suffit pas à définir l’objet individuel donné : il y faut quelque chose d’autre, quelque chose qui appartienne au tout concret, et qui n’appartienne qu’à lui : c’est la Gestalt qui constitue la « chose » individuelle ; cette qualité n’est pas pour M. Kreibig une relation, mais le produit des relations entre qualités et déterminations spatiales. Ce qui distingue la perception du souvenir, l’image perçue de l’image reproduite, c’est le jugement d’existence lié à la perception : car il est impossible de trouver, soit dans la qualité soit dans l’intensité du contenu de l’impression, un signe qui permette de distinguer la perception.

Le Dr Karl Schrötter étudie la psychologie et la logique du mensonge. Il y a mensonge quand le dehors ne répond pas au dedans. Schrötter étudie la question des rapports du mensonge avec le psittacisme, avec le jugement ou la tendance. Il analyse ensuite la technique du mensonge et passe en revue les tendances sous l’influence desquelles on ment. Il distingue trois formes principales du mensonge : les mensonges de défense qui sont toujours provoqués du dehors, les falsifications intéressées qui naissent spontanément dans l’individu, enfin les mensonges qui naissent d’un besoin de fiction et qu’on pourrait appeler mensonges esthétiques. M. Schrötter donne à son étude une conclusion pédagogique : les leçons, les prônes, les bons exemples ne peuvent rien contre le mensonge ; ce qu’il faut pour le combattre, c’est donner aux enfants un sens vigoureux de la réalité, faire de la réalité une idée-force, ce que l’éducation néglige trop souvent. Enfin on peut dire aux adversaires du mensonge ce qu’un médecin disait aux adversaires de la tuberculose : « Détruisez la misère, et il n’y aura plus de mensonge ! »

Le Professeur Stöhr a parlé du cerveau et de l’excitation représentative. M. Stöhr localise dans la périphérie les excitations sensorielles et représentatives.

Le Dr Oskar Ewald analyse le problème de l’immortalité. On ne peut se dérober à ce problème même si on se refuse à le résoudre ; car il reste à savoir comment est née l’idée de l’immortalité. En fait, le problème préoccupe, non seulement des métaphysiciens comme Schopenhauer, Hartmann et Wundt, mais des adversaires de la métaphysique, comme Nietsche