Page:Revue de métaphysique et de morale - 1.djvu/268

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sant, c’est un absolu que nous connaissons ». À nos yeux, M. Renouvier a raison de dire que nous ne connaissons que des phénomènes, si l’on entend la connaissance, ainsi que nous l’avons exposé pages 254 et 255, au sens où elle s’oppose complètement à la conscience. Mais nous ferons cette restriction à la thèse absolue de M. Renouvier que des choses en soi, nous savons ceci, et seulement ceci : c’est qu’elles existent, puisque nous les sommes successivement, chaque fois pendant un instant fugitif et insaisissable à la connaissance proprement dite. Notre thèse ne diffère donc de celle de M. Renouvier qu’en ce que nous ne gardons pas de cette dernière le caractère absolu. Cet absolu conduit d’ailleurs à la conséquence de nier la connaissance comme telle. « Nous ne connaissons, dit M. Renouvier, que des phénomènes, aussi bien dans l’esprit que dans l’espace. » D’autre part, les phénomènes sont définis : « les choses en tant qu’elles représentent et sont représentées ». Or personne ne soutiendra que la réalité puisse ne comporter que des phénomènes, définis de cette manière. En effet les choses en tant qu’elles représentent sont les choses en tant qu’elles sont autre chose qu’elles-mêmes. Il en est de même des choses en tant que représentées. Or une chose qui existerait seulement en tant qu’autre chose qu’elle-même, n’existerait réellement pas. Elle serait même inintelligible. Dès lors soutenir qu’il n’y a que des phénomènes pour la connaissance revient à dire que la connaissance ne connaît pas ce qui est, mais au contraire ne connaît que ce qui n’est pas et ce dont l’existence est même inintelligible en dehors de la connaissance même.

Cette contradiction intime du phénoménisme comme système de la connaissance, il en est redevable au principe de relativité qui est un de ses fondements. Tout est relatif pour la connaissance, dit M. Renouvier. Soit : a priori la thèse est aussi acceptable que sa contraire. Mais, maintenant que je l’ai admis, comment vais-je considérer cette thèse elle-même, comme relative ou comme absolue ? Car enfin, cette affirmation-là, que toute connaissance est relative, c’est en somme une connaissance. Dirai-je, en vertu du principe même qu’elle énonce, qu’elle est relative ? Si oui, il n’est donc pas vrai que la connaissance soit relative, ou du moins cela n’est vrai que pour l’esprit humain. Voyons alors ce que la thèse devient : Nous posons que nous ne pouvons connaître que des choses relatives et en même temps que cette affirmation n’est vraie que par rapport à nous. D’où il vient : Il n’est vrai que par rapport à nous que nous ne pouvons