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L’EMPEREUR DON PEDRO.

Les préparatifs de notre départ furent bientôt terminés, et la matinée du 14e jour nous vit passer, après une agréable traversée, près de la base du Pao d’Assucar, qui s’élève majestueusement à l’entrée du port. Dussé-je vivre pendant des siècles, l’impression que produisit sur mon esprit le mélange de grandiose et de gracieux dont mes yeux furent tout à coup frappés, serait toujours fraîche dans ma mémoire. J’ai vu depuis les rivages classiques de l’Italie ; j’ai long-temps séjourné au milieu des beautés romantiques de la Suisse ; j’ai parcouru les rives pittoresques du Rhin : mais les brillantes créations du monde européen, avec les inépuisables trésors d’associations historiques et poétiques, ne m’ont jamais fait éprouver ces sentimens mêlés d’admiration et de plaisir, dont je n’ai pu me défendre à la vue de la majesté sublime de ce chef-d’œuvre de la nature, la baie de Rio-Janeiro.

En mettant pied à terre, nous nous aperçûmes que chaque objet avait pris la couleur animée du moment. Ce contraste, avec l’air de mélancolie dont tout portait l’empreinte aux lieux que nous venions de quitter, fut pour nous l’éclat momentané du soleil qui ranime quelquefois l’aspect sombre des jours de novembre. Des arcs de triomphe élevaient leurs têtes superbes dans toutes les rues principales, et les façades des maisons étaient richement ornées de peintures allégoriques et de devises. Nous ne tardâmes pas à acquérir la certitude que nous étions arrivés la veille de quelque grande solennité. On nous dit que le couronnement du jeune empereur devait avoir lieu dans deux jours. Cet événement, de nature à exercer une si haute influence sur les destinées d’un pays naissant, paraissait occuper exclusivement l’esprit public et faire le sujet de toutes les conversations. On ne voyait que transports de joie et d’allégresse ; les esprits étaient dominés par le plus vif enthousiasme ; le pauvre nègre même se sentait plus ses chaînes, et en proie à l’illusion du moment, il fredonnait l’air de la liberté.