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GUERRE D’ORIENT.

Tigre, le cri de la guerre retentit de nouveau ; on s’est donné rendez-vous, pour la seconde fois, dans les plaines de la Bulgarie.

Qu’on se reporte aux commencemens de l’année dernière ; le dénouement ne paraissait pas douteux. Depuis six ans, la Russie se préparait au combat ; trois cent mille hommes, l’arme au bras, n’attendaient qu’avec impatience l’ordre de franchir le Pruth. D’immenses approvisionnemens, une artillerie formidable et la mieux servie de l’Europe, une cavalerie nombreuse, une flotte sur la mer Noire soutenue par une escadre dans l’Archipel, une armée où les vainqueurs de la Perse marchaient avec les débris des vétérans de 1812, et par derrière, en réserve, les cent mille prétoriens de la garde, les colonies militaires, etc., tel est l’imposant aspect que la Russie semblait présenter au monde. Alors, si quelque esprit sage demandait comment l’Europe pouvait assister froidement au démembrement d’un vaste empire, on lui montrait, vers le Nord, un million de soldats.

Que se passait-il, à la même époque, dans les rangs opposés ? Sur quelles ressources paraissait pouvoir compter le Sultan ? Au dedans, la guerre civile et religieuse, de belles provinces dévastées, l’Archipel soulevé, une armée irrégulière et sans discipline, quelques bataillons formés à l’européenne, mais à la hâte, une nation mécontente et inquiète, le vieil esprit des janissaires irrité des nouvelles réformes, une capitale remplie de populations étrangères et plus ou moins dévouées à la Russie ; en un mot, des inimitiés certaines et des fidélités douteuses, voilà quels périls entouraient le Sultan, quelles difficultés il avait à vaincre.

Examinons maintenant les opérations militaires. On avait parlé de trois cent mille Russes tout prêts à marcher ; à la fin de la campagne, on prétendit que quatre-vingt-cinq mille hommes seulement avaient passé le Pruth ; mais cent mille autres suivirent plus tard, et dans ce nombre il faut compter