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LES THERMES DE BROUSSE.

mais un Européen en est quitte pour trente ou quarante sous au plus, tout compris, à moins qu’il ne soit un personnage, tel qu’un ambassadeur, qui paie par convenance encore plus que par un vain décorum. Si nous possédions de si riches trésors dans l’Europe chrétienne, quel parti n’en tireraient pas nos spéculateurs, et quelles fortunes immenses n’en verrions-nous pas naître rapidement ! On veut généralement en Turquie que tout le monde puisse jouir presque à vil prix de ces bienfaits d’une Providence universelle ; et l’on y est encore loin de ce point de haute civilisation où tout est soumis à certains calculs lucratifs, qui s’étendent peut-être même quelquefois jusqu’au soulagement des pauvres et des infirmes.

Qu’il me soit permis d’ajouter encore quelques mots sur une autre espèce de fondations d’utilité publique, si communes dans l’empire ottoman. Je veux parler de cette multitude de fontaines que l’on rencontre de tous côtés, et où les voyageurs et les caravanes peuvent se désaltérer si facilement. Dans mes diverses excursions en Turquie, j’avais déjà bien souvent remarqué et apprécié cet usage, recommandé par la religion musulmane, comme une œuvre agréable à Dieu, de même que l’établissement des écoles, des colléges (médrécé), des ponts, des hospices et des mosquées ; plus particulièrement imposé aux princes, aux grands et aux riches, tandis qu’une simple fontaine est souvent l’acte charitable du pauvre. Les chaleurs de l’été donnent un grand prix à ces dernières fondations, et j’ai souvent regretté que notre Europe ne jouit pas des mêmes avantages. Mais dans les environs de Brousse, ces fontaines m’ont paru exister en plus grand nombre que partout ailleurs, et elles sont presque toutes dues à des femmes. J’appellerai un instant encore l’attention sur un de ces monumens de la plus touchante piété. Comme les bains thermaux de Brousse y attirent un grand nombre de pauvres, une dame nommée Fathmé-Khànum, épouse d’un des magistrats muni-