Page:Revue des Deux Mondes - 1830 - tome 1.djvu/301

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
293
DESCRIPTION DE TEMBOCTOU.

pour Arabe. Un feint néophyte n’agirait pas avec autant de liberté, et deviendrait suspect chez des peuples aussi méfians : d’ailleurs, je crois encore qu’il ne passerait pas davantage chez les peuplades nègres en se donnant pour un chrétien converti. Le meilleur moyen, à mon avis, serait donc de traverser, en qualité d’Arabe, le grand désert de Sahara, avec des ressources suffisantes et cachées. Après avoir habité quelque temps la ville musulmane qu’on aurait choisie comme point de départ, et dans laquelle on se serait fait connaître pour négociant, afin de ne donner aucun soupon, on achèterait dans cette ville quelques marchandises, sous prétexte d’aller faire le commerce un peu plus loin, en évitant avec le plus grand soin de nommer la ville de Temboctou.

Je suppose que le lieu choisi pour le départ soit Tanger ou Arbate ; on prétextera, pour s’en absenter une affaire de commerce à Fez ; de là on ira à Tafilet, toujours pour le même sujet ; et de Tafilet à Temboctou. Rendu à Tafilet, il n’y a plus d’inconvénient à parler de cette dernière ville ; car les voyages du Soudan sont si communs, que l’on n’y fait pas attention. Il faudrait acheter dans ce pays des marchandises, pour les exporter comme négociant ou même comme marchand ; arrivé dans la ville de Temboctou, s’y établir, y élever une maison de commerce, éviter surtout de paraître riche, se familiariser avec les habitudes du pays, et mettre une grande circonspection sur tout ce qui a rapport à la religion.