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VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

par des causes puissantes, telles que de vastes éruptions d’eau, que leur parallélisme a été détruit sur certains points, et que des éboulemens considérables se sont formés sur d’autres. Du sommet de cette première chaîne, on domine les montagnes qui forment une seconde rangée dans la même direction. La vallée qui la sépare ressemble à une grande route couverte de petites pierres brisées ; mais il nous fallut près d’une demi-heure pour la traverser, et notre marche était extrêmement difficile au milieu des blocs énormes, amoncelés pêle mêle, qui la remplissaient, et les arêtes vives sur lesquelles il fallait poser les pieds. C’étaient ces masses démesurément grosses qui, du sommet de la montagne, nous semblaient des cailloux roulés et tassés au fond de la gorge. Sous ces roches murmuraient d’abondantes sources, et se dessinaient çà et là des touffes vertes de fougères, imitant des oasis au milieu des surfaces nues. Tout dans cette vallée était l’image la plus parfaite du chaos ; tout fait présumer que la mer a long-temps séjourné dans son bassin après en avoir usé les parois.

Les végétaux des plaines se retrouvent sur ces montagnes peu élevées, et ce sont surtout ces singuliers bolax gommifères, le jonc à grandes fleurs, la gunnère de Magellanie. Le plateau est recouvert d’une épaisse couche de tourbe, au milieu de laquelle sont creusés des puits naturels, que remplissent les averses pluviales. Les rochers nus et battus des vents, sont tapissés de lichens fruticuleux, qui imitent par leurs ramifications nombreuses