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VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

sion est complète. Souvent, durant les belles soirées d’été des Malouines, si rares au reste, au moment où le crépuscule s’épaississait sous l’horizon, tous les manchots poussaient ensemble des cris étouffés et continuels, de manière qu’à une certaine distance, on croyait entendre le mélange de voix et l’agitation sourde d’une masse de peuple assemblée pour une fête publique, et dont l’atmosphère porte au loin, dans le calme, les sons tumultueux et confus.

La chair de ces oiseaux est noire, très-compacte et indigeste ; une couche d’huile l’entoure, et la peau est tellement épaisse, qu’il faut écorcher l’animal avant de le faire cuire. Cependant les marins, que la vie dure et agitée de la mer rend si inconstans dans leurs goûts, trouvaient cet aliment assez bon et en mangeaient quelquefois.

Il paraît que les manchots quittent les îles Malouines vers le 20 avril, et qu’ils y retournent au mois d’octobre.

Lorsque la chimère d’un continent austral occupait même les meilleurs esprits, tous les voyageurs qui s’avançaient dans ce qu’on appelait la Magellanique, eurent occasion de parler des manchots, et tous, frappés d’étonnement à la vue de ces êtres alors aussi fantastiques que de nos jours l’Ornithorhynque de la Nouvelle-Hollande, les décrivirent avec complaisance. C’est ainsi qu’ils n’échappèrent point à Magellan, à Garcie de Loaisa (1525), à Alfonse de Camargo (1539), à Francis Drake (1577), qui leur imposa le nom de pingoin à cause de