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VARIÉTÉS.

bien dans leurs rôles ; mais le docteur Franval mérite une mention spéciale. À part quelques momens un peu chargés, il a constamment rendu, avec une grande vérité, l’esprit de ce personnage. En général, l’exécution des pièces laisse peu à désirer. Je n’en dirai pas autant du local où on continue à prendre un bain de vapeur, faute d’ouvertures pour introduire une quantité d’air suffisante. Le propriétaire, homme riche et obligeant, devrait bien songer à la santé de la nombreuse société qui se réunit dans son petit théâtre. Il aura sur la conscience le premier étouffement.

Qu’ai-je appris ? On joue la comédie bourgeoise à Alexandrie et même dans la perfection ! Des demoiselles n’ont pas craint de se charger des rôles de femmes, et aujourd’hui c’est une émulation générale à qui les remplira. M. Rolland, jeune Français, avait composé pour l’ouverture du théâtre un joli prologue en vers, que l’on dit être plein de grâce et d’esprit. Les dessinateurs qui font partie de la commission, sous les ordres de M. Champollion, avec cette obligeance toujours compagne du talent, avaient peint des décorations charmantes. Aucun de ces turbans énormes qu’une mode rebelle semble avoir emprunté à l’ancienne coquetterie des plus turbulens janissaires, n’obstruaient la vue. Je dois au reste, pour être juste envers tout le monde, dire qu’ici même la majorité de nos jolies femmes a déjà renoncé à cette coiffure pour les soirées de spectacle, et qu’il n’y a plus qu’un très-petit nombre de têtes récalcitrantes qui persistent à s’affubler de ces monstres, dénomination sous laquelle les mécontens confondent impitoyablement le turban et celle qui le porte. Enfin on respirait librement dans la salle, et personne n’a couru le danger d’une fluxion de poitrine à la sortie.

D’après tout cela, nous voilà décidément très en arrière, et la civilisation de l’Afrique devance singulièrement celle des côtes de cette belle et molle Ionie, tant vantée autrefois pour la recherche et l’entente des plaisirs. Nul doute