Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 2.djvu/435

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de marcher à la tête des peuples, avait dû régner avec une autorité souveraine.

Mais il disait aussi qu’un terme avait été assigné à cette mission de la parole;

Que, primitivement, elle enfermait en quelque sorte la pensée, afin que la pensée sous cette enveloppe pût germer dans le cœur de l’homme ;

Qu’un moment avait dû arriver où celle-ci se produisit libre et spontanée dans le monde, se faisant elle-même un langage, parvenant par elle-même à des idées sociales ou religieuses ;

Que cette langue avait dû s’écrire aussi dans de nouvelles institutions, dans de nouvelles croyances ;

Que dans ces institutions et ces croyances c’était la raison individuelle qui devait régner à titre légitime, car elles étaient l’œuvre des propres mains de l’homme.

De la sorte, M. Ballanche se portait médiateur entre M. de Maistre et Jean-Jacques, entre le droit divin et la souveraineté du peuple; il disait que dans l’histoire de l’humanité, les points de vue les plus opposés n’étaient pas toujours contradictoires; qu’il fallait oser les accepter tous, et ne point porter la main sur l’homme, noble créature de Dieu; ne point le mutiler pour le forcer à entrer dans le lit de Procuste de théories exclusives. Aux hommes du passé, il montrait dans l’avenir de nouvelles terres sociales, magnifiques conquêtes des siècles; il les en dotait au nom même de leurs sympathies pour les temps écoulés. Puis, donnant six mille années de date aux droits que les hommes du progrès croyaient seulement nés de la veille, il apportait la sanction de tous les temps, le concours de l’humanité entière à l’œuvre qu’ils entreprenaient. Et, en effet, il enseignait aux uns et aux autres que les destinées