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ciel, d’avoir une douce température, des arbres verts et non des brouillards d’un blanc froid, de la neige, des arbres enveloppés par les cristaux du givre et dessinés par des aiguilles glacées. On disait que le printemps allait les ramener, et, comme on les aimait bien, on se réjouissait.

Mais lui ne se réjouissait pas. Il n’était pas là, avec sa famille, devant le bon feu du salon, devisant et causant de l’ange qu’il aimait.

Sa gaîté du jour avait cessé subitement. Il était allé sans rien dire à personne, et plein de tristesse, auprès des ruines de l’église Sainte-Catberine.

Il s’était appuyé contre un pan de mur que la lune éclairait d’une lumière froide et blafarde. La pierre blanche, taillée en forme de croix était à quelques pas devant lui.

Je ne sais quelle influence, quelle force, quelle raison humaine ou surnaturelle l’avait attiré. Je ne sais ce que son imagination put lui montrer pendant cette nuit ; je ne sais ce qu’il vit, ce qu’il entendit, ni dans quel monde d’idées il se trouva. Jamais il ne m’en parla que d’une manière vague et inintelligible. Encore ne le lit-il que deux fois ; et moi-même, je n’osai jamais lui rappeler cette nuit. — Ce que je sais, ce que j’affirme, c’est que le lendemain il dit à son père : Elle est morte.

Pour lui, sa douleur fut profonde, mais empreinte d’une résignation que j’avais peine à concevoir. Dès-lors, son caractère fut bien changé, car jusqu’à sa mort, arrivée sept années après cette catastrophe, qui laissa sur son front comme un signe incompréhensible, il fut d’une humeur grave, taciturne, mais toujours égale et douce.

J’ai dit catastrophe, car la jeune femme, le 27 février au soir, avait été renversée de sa voiture, et était morte quelques instans après, en mettant au jour un enfant mort comme elle.

Considérant.