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De notre côté, nous fîmes à bord tous les préparatifs de défense que commandait notre position. Les petits canons de campagne furent installés sur le gaillard d’avant, les armes furent tenues en état, et toute la nuit des sentinelles placées dans toute l’étendue du navire firent une garde vigilante. Une attaque nocturne de la part des insulaires nous eût été funeste ; heureusement ils n’osèrent pas la tenter.

(14 mai). Au point du jour, la brise souffla avec force au sud-est, et m’obligea à différer le mouvement que je comptais opérer vers les récifs de Mafanga, mouvement qui devenait d’autant plus délicat à exécuter, que nous étions privés des moyens de nous tirer d’embarras si nous venions à échouer.

Les charpentiers furent employés à disposer sur l’avant de la chaloupe une plate-forme pour recevoir au besoin une des pièces de campagne, précaution nécessaire dans le cas où il eût fallu faire une descente.

Nos lunettes dirigées vers Mafanga nous prouvèrent que les naturels avaient travaillé toute la nuit à fortifier cette place, et l’avaient déjà mise en état de défense respectable. Tandis que nous admirions l’intelligence et l’activité de nos sauvages ennemis, nous aperçûmes tout à coup, entre la côte de la grande terre et le navire, une petite pirogue manœuvrée par deux hommes, au miieu desquels un troisième semblait immobile. Il ventait assez fort, et la houle empêchait les deux hommes qui pagayaient de diriger leur frêle embarcation comme ils l’auraient voulu. Tantôt elle semblait gouverner sur la corvette, tantôt elle paraissait rallier la terre.

Cette manœuvre m’ayant paru équivoque, je donnai l’ordre au grand canot de courir sur ces hommes, et de les amener à bord. Cette opération fut bientôt exécutée ; et, au retour du canot, nous reconnûmes tous avec une joie extrême que la pirogue en question portait M. Faraguet, que ramenaient l’Anglais Singleton et le Suédois Thom. Voici les détails que nous donna M. Faraguet.