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Poètes d’instinct


DE L’ANGLETERRE.

En France, nous avons peu de ces hommes que le génie, ou, si l’on veut, le démon de la poésie, va chercher sous un toit de chaume, sous les haillons de la pauvreté, et qu’il doue de toutes les richesses de l’âme et du pouvoir de donner à leurs pensées une forme palpable. Est-ce notre langue, pointilleuse, gênante en son allure régulière et compassée, qu’il faut accuser de cette pénurie de poètes sortis du peuple ou qui, restés dans son sein, y déploient, en dépit de leur obscurité, et comme en défiance de la misère, tous les trésors de poésie enserrés dans leur cœur ? Faut-il s’en prendre à l’insuffisance honteuse de l’instruction primaire, si libéralement, si largement accordée en Angleterre, et surtout en Écosse, et si insuffisante en France ? Probablement ces deux motifs y contribuent. Toujours est-il que nos voisins ont, sur ce point, un avantage incontestable, et que nous n’avons rien à opposer, comme poètes primitifs et d’instinct, à leur Burns, Hogg, Cunningham, etc.

Le voyage du lauréat Southey à Harrowgate, il y a deux ou trois ans, mit en lumière un de ces esprits non cultivés, à notre façon du moins ; car je ne les appellerai pas, comme le fait Southey, uneducated-poets. L’éducation, c’est la nourriture de l’intelligence ; et le génie, quelque part qu’il soit