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soin le plan que l’on avait formé de l’associer à une révolution qu’il abhorrait ; on sut lui persuader que sa présence ferait rentier dans le devoir les Portugais rebelles, et par cet artifice, l’on triompha tout à la fois de ses affections et de ses répugnances.

Jean VI était encore sur le bâtiment qui l’avait amené en Europe, et déjà il avait perdu toutes ses illusions. Ses cortès lui dictèrent les lois les plus rigoureuses, et allèrent jusqu’à lui prescrire l’heure de son débarquement. Souverain absolu, il n’avait point été un tyran ; sous prétexte d’en faire un roi constitutionnel, on le rendit esclave, et il mourut malheureux.

Les Brésiliens furent indignés de l’abandon où les laissait le départ de leur souverain. Ils ne pouvaient le haïr ; leur amour se changea en mépris. Le seul centre d’union auquel se ralliaient les provinces du Brésil allait être de nouveau transporté loin d’elles, un légitime orgueil ne permettait plus à leurs habitans d’aller au-delà des mers remuer les chaînes pesantes que l’émancipation avait rompues ; mais alors se montraient dans tout ce qu’ils avaient de hideux les tristes résultats du système colonial.

Les rivalités de capitainerie se réveillèrent plus que jamais. Profondément blessés des orgueilleux dédains des habitans de la capitale, ceux de l’intérieur commencèrent à examiner ses titres. Chaque province voulait être la première, on nommerait telle bourgade qui prétendait devenir la capitale du royaume, et l’habitant du désert, étranger aux arts, à la civilisation, à toutes les commodités de la vie, soutenait fièrement qu’il n’y avait rien que l’on ne trouvât dans les lieux où il était né, et que son canton pouvait se passer du reste de l’univers. Une affreuse anarchie allait anéantir le Brésil, lorsque la politique injuste et absurde des cortès de Lisbonne vint prolonger son existence.

Le peuple du Portugal n’avait pu voir sans douleur s’opérer l’émancipation de sa colonie. Cette émancipation le rejetait au second rang, et tarissait une des sources principales