Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/57

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gulièrement tous les samedis ; et quoique le reproche et la réponse fussent toujours exactement les mêmes, c’étaient, dans la main de nos combattans, des instrumens merveilleux qui ne s’usaient jamais, par un motif fort simple, c’est que tous deux avaient à la fois raison et tort : raison dans ce qu’ils reprochaient, tort dans ce qui leur était reproché. M. Staarmatz, d’humeur assez casanière, n’avait pu, le lecteur le sait, et sa femme ne l’ignorait pas, voir les joues de sa jeune voisine sans être ébloui de leur éclat. Madame Staarmatz, au contraire, ne pouvait pas rester en place, réservait toutes ses prétentions pour les promenades publiques, et peu lui importait que son appartement fût plus ou moins bien épousseté.

Un des principaux griefs de son mari contre elle , c’était de n’avoir pu la décider à nettoyer elle-même ses lampes. Aussi mainte et mainte lois, le soir, et principalement quand ils recevaient une visite, la lumière s’éteignait tout à coup, faute d’huile ou de mèche, ou bien cette mèche était coupée tellement de travers, qu’il fallait choisir entre un demi-jour, un clair-obscur des plus tristes, ou une fumée infecte qui prenait à la gorge.

Il n’est personne dans le monde entier que ces sortes d’accidens missent plus au supplice que M. Staarmatz : il tenait extrêmement au décorum de sa maison ; et quand pareille chose arrivait, c’était pitié de voir les gouttes de sueur qui lui coulaient le long du visage.

Avaient-ils quelqu’un à dîner, un personnage important, comme monsieur le conseiller de légation Hurbrand, qui leur faisait de temps à autre l’honneur de venir manger leur soupe sans façon, madame Staarmatz n’avait pas l’attention d’ajouter à leur ordinaire quelqu’un de ces mets qui se préparent promptement ; l’ordre dans lequel les plats devaient être posés sur la table se trouvait maladroitement interverti, et quand M. Staarmatz disait d’apporter le dessert, neuf fois sur dix la servante répondait effrontément tout haut : « Monsieur, il n’y en a pas. » — « Mais pourquoi donc, madame