Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/14

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a de l’importance, car on est chez nous enclin à supposer que les nations que nous ne connaissions pas ne se connaissaient pas entre elles, qu’elles ont tout ignoré durant le long espace de temps où nous avons nous-mêmes ignoré leur existence. Nous n’apprenons jamais sans étonnement que des Orientaux aient pu nous précéder en quelque chose et qu’ils aient, par exemple, su faire le tour de l’Asie longtemps avant que nous eussions doublé le cap de Bonne-Espérance.

Voilà les motifs qui m’ont fait rechercher et traduire la relation d’un voyage entrepris il y a plus de mille quatre cents ans par des religieux Bouddhistes, dans la vue d’aller vérifier les principes de leur croyance, dans les lieux mêmes qui lui avaient donné naissance, et de faire provision de livres théologiques, de peintures sacrées et de règles de liturgie. Partis de la Chine en 399, ils traversèrent toute la Tartarie, s’engagèrent dans les montagnes du Petit-Tibet, où sont les plus hautes chaînes du globe, et, franchissant, à l’aide de cordes ou de ponts volants, des vallées inaccessibles et des précipices de huit mille pieds de profondeur, ils arrivèrent sur les bords de l’Indus, qu’ils traversèrent pour pénétrer dans des contrées où aucun Européen n’a encore porté ses pas. Là, ils trouvèrent la religion samanéenne, les usages indiens, la langue sanscrite, d’antiques idoles, des reliques célèbres, des temples magnifiques. L’Inde semblait sortie de ses limites, et comme en possession des provinces de la Perse orientale. L’invasion des Musulmans et tant d’autres révolutions qui l’ont suivie auront sans doute, depuis cette époque, fait disparaître jusqu’aux derniers vestiges de cette civilisation indienne, transplantée de Bénarès et de Patna dans les vallées où habitent à présent les Afghans et les Béloutches. Nos voyageurs sont les premiers qui nous aient appris les circonstances de ce fait singulier. Repassant ensuite l’Indus pour entrer dans l’Inde proprement dite, ils gagnèrent les rives du Gange, où les appelaient les souvenirs du fondateur de leur religion, et les lieux consacrés par les actes de sa vie terrestre. Ici, il naquit au pied d’un arbre, et l’on voit encore l’étang où se fit sa première ablution. Là, il obtint les sublimes connaissances qui de-