Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/142

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
132
REVUE DES DEUX MONDES.

que don Pedro ne donnerait pas de constitution au Portugal, et qu’on se portait garant de maintenir l’Espagne dans sa dévote servitude : aussi voyez comme Ferdinand fait cas de nos paroles. Il fait fusiller sans jugement Torrijos et ses compagnons ; Louis-Philippe, la reine de France, écrivent au roi d’Espagne pour demander leur grâce, et le courrier arrive pour voir l’exécuteur des hautes œuvres promu au grade de lieutenant-général !

Mahmoud donne à nos ministres des leçons de sagesse et de prudence. Tandis que les journaux du ministère demandent et provoque des lois d’exception contre la presse, le sultan fonde à Constantinople le Moniteur Ottoman. Il appelle sur les actes de son gouvernement la publicité que nos hommes d’état repoussent, la publicité qui les importune et les gêne, et dont ils voudraient se délivrer à tout prix.

Et cependant, tandis que se jouent toutes ces tragédies sanglantes et réelles, tandis que Bourquin et Cugnier empruntent 75 000 francs à Genève pour insurger le canton de Neufchâtel, sont repoussés et mis en fuite, traqués comme des bêtes fauves, nous avons à Paris même des comédies de paroles et de vanité ; nous avons la lettre de M. Châteaubriand à qui le silence donne la fièvre, et qui supplie M. D’Argout de lui reprendre ses 900 francs de l’académie, comme si ce nouvel et vaniteux holocauste devait le placer au rang des héros ou des dieux. Achevez, M. Le vicomte, achevez, je vous en prie, votre histoire de France que vous avez si bien commentée, dont nous avons déjà de si magnifiques fragmens, reposez-vous dans la contemplation du passé, des rêves et des déceptions de votre vie. N’est-ce donc pas assez pour vous d’être proclamé d’emblée et partout le plus grand nom littéraire de la France moderne ? Travaillez à de nouveaux René, à de nouvelles études ; mais n’occupez plus les journaux de votre personne.

Autre parodie ! Un membre d’Institut, envoyé à Sunderland pour observer le choléra, écrit à l’Académie des sciences, qu’il a fait de bon dîners à Londres, et porté la santé de ses confrères ; que le brouillard est insupportable, et qu’il sera de retour sous peu de jours. Que ne restait-il au coin du feu ! Il eût fait son rapport comme Vertot a fait son siège de Rhodes.

À l’exemple de cet ingénieux et délicat docteur, nous terminerons l’histoire de la quinzaine par les nouvelles du théâtre, et les fantaisies de M. Fontaine. Les débuts de madame Raimbaux dans les rôles d’Isabelle et de Rosina ont été heureux ; après les tours de force de mademoiselle Sontag et les coquetteries effrénées de madame Malibran, le public devait accueillir avec plaisir et presque avec reconnaissance le chant pur, gracieux et toujours de bon goût de madame Raimbaux. Dans d’autres temps, son succès aurait été plus éclatant. Quand on improvisait au foyer de Favert des discussions en règle sur les premiers débuts de Rubini, quand le rhume de madame Fodor et son procès avec le chargé était un évènement, on aurait parlé de madame Raimbaux pendant quinze jours.

Henri Mounier a eu le bonheur d’échouer dans Joseph Trubert ; il faut le féliciter d’avoir déchirer un habit qui n’allait pas à sa taille. Ce n’est pas avec