Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/40

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cela, mais le protestantisme, pour mieux ramener au cœur sa vie éparse, se fait aujourd’hui des constitutions locales. Il aspire ouvertement à les confondre dans un synode unique ; et l’Allemagne moderne, fondée tout entière sur le génie de la réformation, ne fait que représenter dans le changement imminent du corps politique les nouvelles vicissitudes de son histoire religieuse.

De la religion descendons aux intérêts matériels qui semblent mener le monde quand on le regarde à la surface, et nous trouverons encore au bout le même résultat, seulement plus impatient. Quel était le cri de ralliement de ces populations de la Hesse, de Bade, de Saxe, du Hanovre, quand elles se mirent en branle il y a neuf mois ? Quelle est la pensée vivante qui est à cette heure sous le toit de chacune des maisons de ces villages, autrefois si sereins, à présent si amers et si désenchantés. Cette pensée est l’unité du territoire de la patrie allemande, ce cri est l’abolition des frontières artificielles, le renversement des limites arbitraires, derrière lesquelles ils sont parqués, eut et leurs produits ; sans échange, sans lien, sans industrie possible ; chacun obligé de se suffire à lui-même et d’enfouir sa misère dans un coin, comme après la guerre de trente ans. Vraiment, il faudrait être aveugle pour ne pas voir la tristesse de funeste augure du peuple allemand. Elle n’éclate pas comme chez nous par des cris ; c’est une contenance funèbre sur son sillon, c’est une rancune effroyable ; plus de prières, plus de chants, plus d’harmonie dans l’air, plus de fêtes domestiques ; point d’émeutes comme en Angleterre ou en France, point de pétitions, point d’adresses politiques, mais des projets qui couvent sans rien dire, mais un levain qui s’aigrit et s’amasse à chaque heure, mais une colère patiente qui attend tranquillement d’avoir monté tous ses degrés, qui s’empoisonne à plaisir, qui ne demande pas mieux que d’être poussée à bout pour se débarrasser de sa lenteur naturelle et de son dernier scrupule. Jamais il ne se vit de tristesse de peuple plus poignante et plus menaçante. Aussi les assemblées politiques, qui connaissent leur pays, ont-elles parfaitement compris ce langage ; toutes sont occupées à un contrat