Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/43

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la royauté de Louis XIV sut bien aller rechercher de nouveau ces terres, et reprendre le gage d’avenir qui y est attaché. Ainsi, oscillantes et flottantes, elles tombent toujours, dans la balance de l’histoire, du côté du poids de la civilisation et de l’initiative sociale. A mesure que la pensée de la France s’est agrandie avec la révolution, la France aussi s’est ouverte peu-à-peu jusqu’au Rhin. A mesure qu’elle se rétrécit aujourd’hui dans son génie, et qu’elle ne laisse plus paraître dans ses affaires qu’une personnalité pusillanime et vide, la force qui lui avait été donnée pour servir le monde, l’abandonne. Acculées dans les conquêtes de la vieille royauté de Turenne et de Condé, ces provinces elles-mêmes, qui lui avaient si bien livré leur foi, commencent à s’étonner. Malgré elles, elles retombent sous l’attraction formidable de tout le monde germanique, qui n’attend plus qu’une occasion. Or, quelle est la nation placée par l’Allemagne, pour épier et chercher cette occasion ? C’est celle qui porte à sa ceinture les clefs de notre territoire, et qui garde dans sa geôle la fortune de la France.

Mais, sans doute, pour résister au poids de cette civilisation nationale et compacte, qui se forme au nord, la France se sera fortement retranchée dans les positions historiques qu’elle a toujours gardées. Sans doute, elle se sera mise à la tête du système politique de l’Europe du midi. L’Europe elle-même, en jetant tout nouvellement ces populations dans son alliance, lui fournissait cet expédient naturel. C’est ici qu’il semble vraiment que le unie de la France l’a frappée à la tête [1]. De ce système de civilisation qui la menace, elle ne s’en inquiète ni ne s’en réjouit ; elle fait mieux, elle l’ignore. De sa propre main, elle reconstruit tout l’édifice de l’empire germanique. L’Italie est de nouveau réunie au trône de Charles-Quint. L’Autriche trouve à faire peur de sa majesté décrépite et branlante à une royauté

  1. Quand nous disons la France, nous croyons fermement qu’elle n’est nullement complice des actes de ceux qui la gouvernent. Mais c’est un des malheurs de l’histoire, de ne pouvoir spéculer que sur des faits accomplis, et non des intentions frustrées.