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REVUE. — CHRONIQUE.

non, ces messieurs pourront prétendre sans illégalité à la gloire qu’on leur refuse. Le Batteux et Laharpe, en passant par la bouche de nos orateurs censitaires, deviendront le droit canon de la littérature. Et si vous rencontrez dans le monde une femme étourdie et légère qui parle sans révérence d’un nom législativement consacré, vous serez dispensé de lui répondre et de la réfuter en lui citant le chiffre et la date de l’amendement qui constate sa gloire officielle.

J’entends dire rue Monsigny, que le gouvernement représentatif n’est pas une forme définitive. Je le crois bien. N’en déplaise à l’interprète du Phédon et de l’Alcibiade qui annonçait, il y a bientôt quatre ans, que la charte de Saint-Ouen avait concilié à jamais les principes contradictoires qui se disputent la France depuis le cinquième siècle, je me range volontiers à l’avis de la rue Monsigny. Est-ce qu’on pouvait prévoir en 1814 que la gloire deviendrait une question de majorité, qui se déciderait par assis et levé ? Est-ce que l’auteur du Voyage à Gand, en signant par les conseils d’Alexandre de Russie la constitution octroyée, en renouant, comme il le dit ingénieusement, la chaîne des temps, en réparant l’histoire de façon que Blücher vînt le lendemain de Mirabeau, en plaçant par un nouvel amendement le bombardement de Paris après le serment du jeu de paume, sans tenir compte de la fuite à Varennes, sans indiquer à l’errata l’épopée homérique qui commence à Toulon et finit à Waterloo, est-ce que Louis XVIII prévoyait les dernières séances de la chambre ?

Il avait institué une assemblée destinée à connaître selon ses lumières, à satisfaire selon ses forces, les besoins du pays. Il avait remis entre ses mains la destinée politique et diplomatique de la France. À vrai dire, dans sa manie de renouer la chaîne des temps, il avait parfois des boutades de despotisme. Il voulait bien consulter la chambre, mais il n’entendait pas suivre à la lettre ses avis. Appliquant aux discussions des représentans ce qu’il a dit si élégamment de la guerre péninsulaire de 1823, une fois convaincu que la discussion était inévitable, il s’était efforcé d’en resserrer le cercle. Il n’avait pas remis aux chambres le