Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/324

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regardoit de fois à autre ses gens, et leur disoit tout haut : En tre vous, quand vous êtes à Paris, à Chartres ou à Orléans, vous menacez les Anglois, et vous souhaitez le bassinet en la tête devant eux. Or y êtes-vous, je les vous montre. Si, leur veuillez montrer vos mautalens, et contrevenger les ennuis et les dépits qu’ils vous ont faits : car sans faute nous les combattrons. » Cette héroïque simplicité, quoique suivie d’une immense infortune, ne mérite-t-elle pas le souvenir et le respect des peuples, au même degré que les brillantes gasconnades d’Arques ou d’Ivry ? Que serait-ce, si j’allais chercher les termes de cette comparaison parmi les descendans du Béarnais ?

Ce que j’ai cité de Froissart doit faire voir que la langue dont il se sert n’est pas à beaucoup prés aussi étrange, ni aussi éloignée de la nôtre que l’on pourrait le croire. Les idées n’ont pas tellement changé depuis le temps où il écrivait, que les mots ne reprennent facilement la signification qu’il veut leur donner. Un apprentissage bien court, une étude bien facile, rendent la lecture de ses Chroniques aussi familière, aussi aisée qu’aucune autre : et combien son vieux langage a de charmes et de précision ! L’histoire avec lui n’est point casanière, point philosophique et raisonneuse. Elle est sans cesse par vaux et parchemins: en lisant Froissait, vous vivez avec ces générations qu’il a traversées : ces hommes qu’il a vus parler, agir, combattre, vaincre, mourir, vous les voyez comme lui ; vous êtes leur contemporain, et semblable au messager de l’Enéide, vous pouvez dire au retour de ce voyage intellectuel :

Vidimus, ô cives, Diomedem argivaque castra :
Contigimusque manum.

La guerre étant le but et le moyen de la société féodale, les récits guerriers ont dû prendre dans son historien une égale prépondérance. J’ai déjà cité les deux batailles de Crécy et de Poitiers. J’indiquerai, comme descriptions remarquables en ce genre, la bataille de Cocherel gagnée par Duguesclin, celle d’Otterburn contre les Douglas et les Percy, celle de Rosebec,