Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/123

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lui revint à l’esprit. — Il n’y a pas de doute, dit-elle à part soi, il veut se venger. Alors elle se leva, chercha ses vêtements, mais elle fut toute troublée en ne les trouvant plus. Elle retourna bientôt se mettre au lit dans une agitation que tout le monde peut imaginer.

Un peu après la troisième heure, Buondelmonte se lava, sortit de sa chambre, et comme il posait le pied sur le seuil de celle où était Nicolossa, il vit s’avancer Acciaioli, sur son bidet avec un épervier au poing, revenant de la Cameretta. Ils se saluèrent, le mari mit pied à terre, donna la main à Buondelmonte, en lui disant : Il faut que je vous dise que nous avons fort bien passé le temps à la campagne. Chapons, cailles, vins de toutes sortes, je n’ai jamais rien mangé ni bu de meilleur. Mais tout le temps il n’a été question que de fous, et de ce que vous n’avez pas voulu venir vous réjouir avec nous. — Ah ! ah ! répondit Buondelmonte, j’ai passé toute la nuit avec la plus belle femme de Florence… Elle est encore là. De ma vie je n’ai passé une si douce nuit. — Puisqu’il en est ainsi, dit Acciaioli, je veux la voir, et ayant saisi Buondelmonte par le bras, je ne vous quitte pas, dit-il, que vous ne me l’ayez montrée. Je ne demande pas mieux, dit l’autre, mais à condition que vous ne soufflerez mot de tout cela chez moi. Au surplus, si tu veux, je te promets qu’avant demain soir, tu l’auras chez toi, et alors tu pourras la voir tout à ton aise. Soit, soit, dit Acciaioli. En parlant ainsi, ils entrèrent dans la chambre où était couchée Nicolossa. Dès qu’elle entendit la voix de son mari, le cœur lui manqua, et elle se dit en elle-même : J’ai bien ce que je mérite, et elle se regarda comme morte.

Buondelmonte, après avoir allumé un petit flambeau, s’approcha sans façon du lit aussi bien qu’Acciaioli. Buondelmonte eut soin de prendre le bord de la couverture pour couvrir le visage de la belle, afin que son mari ne la reconnût pas, et commençant leur examen par ordre, ils découvrirent d’abord les pieds et les jambes. — As-tu jamais vu, disait Buondelmonte, des jambes plus belles et plus rondes ? On dirait de l’ivoire ! Ils procédèrent ainsi de suite. Quand ils eurent bien