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leurs aînés, l’Eméraude et le Saphir. Il faut cependant citer ici ces innocens in-dix-huit, non pas seulement pour mémoire, mais à l’intention des fidèles, qui font collection de ces livres-là comme œuvre pie et méritoire. On peut dire d’ailleurs, à l’éloge de ces histoires enfantines, qu’en son bon temps M. Bouilly n’a fait jamais mieux.

Voici maintenant un fort beau volume. Le Manoir de Beaugency [1]. On attribue cet ouvrage à une femme, à une femme jeune même et par conséquent bien jolie. — Oh ! Madame, lui dirons-nous donc, cela nous attriste vraiment, que vous ayez fait ce livre. Ce n’est pas que vous n’y ayez mis beaucoup du charme de votre esprit, et des émotions de votre cœur. Mais vous avez mal placé tant de qualités précieuses. Pourquoi donc, vous aussi, vous êtes-vous jetée dans la cohue des imitateurs de Walter-Scott ? Pourquoi donc, en ressouvenir de lui, nous avoir aussi donné votre Meg ? Pourquoi nous avoir menés à la cour d’Isabelle de Bavière ? Allez, vous ne vous y êtes pas trouvée vous-même à l’aise. N’y retournez plus, cela vous gêne. Et je vous en prie, madame, donnez-nous vite un autre livre tout de vos impressions et de votre âme.

Mais ce livre-ci : Sous les tilleuls [2] de M. Alphonse Karr, c’est bien un roman qui veut être un roman du cœur, et qui le veut un peu trop, il est possible. Quoi qu’il en soit, c’est le coup d’essai d’un jeune homme, et c’est un brillant début. À peine avons-nous eu le temps de lire cet ouvrage qui n’a paru qu’hier. Nous ne voulons donc pas le juger absolument sur une première impression, mais nous en reparlerons, et, à son propos, nous examinerons une question de style assez importante.

Une brochure volumineuse, intitulée de la Domination française en Afrique [3], mérite encore assurément d’être distinguée. L’auteur de cet excellent écrit, M. Paul Raynal, a fait la campagne d’Alger. Son travail plein de faits observés sur les lieux,

  1. Chez Mame-Delaunay
  2. Chez Ch. Gosselin.
  3. Chez Doudey-Dupré.