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encore seul membre de l’association qu’il veut fonder, il peut marcher avec confiance et n’a jusqu’ici rien à craindre de l’application de l’article 291 du Code pénal.

Tout le système de M. Bernard de Dijon se trouve exposé dans diverses petites brochures intitulées : La tyrannie à nu ; Alkali volatil moral ; La république en vigueur, ou la souveraine puissance revient de son sommeil léthargique ; Avis à la pétulante jeunesse ; Justice et grâces implorées sous la puissante intercession de la femme, à ce sujet très instamment invoquée. Ne pouvant donner ces manifestes en entier, nous essayerons seulement de les analyser et d’en extraire la substance.

Le bernardisme a quelques légers rapports avec le saint-simonisme, en ce sens qu’il prêche aussi une sorte d’appel à la femme. Il veut qu’elle rentre spontanément dans l’exercice de la liberté individuelle, inviolablement garantie par la nature à ce sexe ainsi qu’à l’autre. M. Gabriel Bernard de Dijon ne précipite cependant pas les choses plus qu’il ne faut. Assurément il conviendra de mieux répartir par la suite les charges physiques imposées à l’humanité. Néanmoins le sexe féminin restera, comme il l’est, provisoirement, chargé seul de la production évidente des fruits de la génération commune, en d’autres termes, des accouchemens. On ne le peut nier, ceci est fort sage. Avant de rien changer aux dispositions de la nature à cet égard, il est bon de réfléchir et de prendre quelques avis.

Mais voici le point capital de la doctrine bernardienne.

Toutes espèces vivantes, dit M. Gabriel Bernard de Dijon, sont condamnées à s’entretuer pour éviter de s’entre-étouffer, et l’homme est obligé de se charger lui-même du soin d’expédier partie de sa population pour le soulagement du surplus. Cependant il y parvient à grand’peine, même avec le secours de la guerre et des médecins. M. Gabriel Bernard de Dijon appelle la sollicitude administrative sur ce mode de réduction usité jusqu’ici chez les peuples policés, et qui lui semble susceptible de sensibles améliorations.

Les anthropophages, poursuit le réformateur, nous prévalent en sagesse. Ils mangent leurs vieux parens qui s’en font une fête, et leurs prisonniers de guerre qui ne s’en réjouissent pas moins, attendu que cela leur évite les maladies et autres accidens qui pourraient les affliger par la suite.

M. Bernard ne prétend pas que nous imitions absolument cet usage. Il consent bien à ce que nous nous abstenions de ces banquets surféroces, qui seraient chez nous, d’ailleurs, nuisibles à la santé ; mais il ne voudrait pas au moins que notre raison perfectionnée nous privât des autres avantages inappréciables que la simple férocité des anthropophages leur assure.

En conséquence, M. Bernard de Dijon propose l’adoption du mode d’extinction ou plutôt de destruction régulière que voici :

Chaque année, il y aurait une fête des funérailles. les vieillards plus