Page:Revue des Deux Mondes - 1833 - tome 4.djvu/113

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à la nation que la stagnation où se trouverait son commerce, par suite de ces mesures, cesserait dès qu’un cabinet plus en harmonie avec les principes politiques qui dominent le continent, offrirait des garanties de paix et de sécurité aux souverains de la sainte-alliance. Toutes ces suppositions se réduisent à bien peu de chose, et encore sont-elles mal fondées ; car il parait aujourd’hui certain que l’assemblée de Munchen-Graetz s’est passée en discussions peu importantes et qu’elle n’aura d’autres résultats que de resserrer un peu l’action politique des états secondaires de l’Allemagne. Le prince de Metternich ne dissimulait pas, devant les personnes qui l’approchent, l’humeur que lui causait ce petit conventicule, où ne pouvait se décider la grande question européenne qui se débat entre lui seul et le prince de Talleyrand, et qui, donnant de l’ombrage à tous les peuples, allait encore augmenter les difficultés de gouvernement. Cette mauvaise disposition de M. de Metternich s’est particulièrement exhalée contre les petites bandes légitimistes qui couvrent la route de Prague que la police autrichienne, passée maîtresse en vexations, s’est chargée de leur rendre peu agréable. On doute même qu’ils puissent arriver jusqu’à la résidence de Charles X, qui montre aussi une vive humeur contre ces voyageurs qu’il nomme des étourdis, et qui répète avec complaisance, à chaque moment, les paroles que disait dernièrement à ce sujet l’empereur Nicolas : « Leur place est à Lisbonne et non à Prague. » Quant à M. de Metternich, il s’écrie que les royalistes français ont bien raison de ne pas compter sur l’étranger, et que la sainte-alliance ne se mettra pas en campagne pour obtenir aux Français le suffrage universel que prêche la Gazette. En général, les doctrines de la Gazette de France ont singulièrement nui aux intérêts du parti légitimiste près des puissances étrangères.

Dans la petite cour de Prague, on compte en ce moment quatre partis très distincts, très divisés, et très acharnés l’un contre l’autre.

1° Le parti de l’ancien régime pur, en tête duquel se trouve Charles X.

2° Le parti du suffrage universel et des vieilles franchises communales, qui a des partisans parmi les émigrés français de Vienne, et que représentent M. de Montbel et ses amis.

3° Le parti chevaleresque ou de la duchesse de Berry, qui n’a pas de but arrêté, et voudrait s’appuyer sur l’armée.

4° Et enfin, qui le croirait ? le juste-milieu, dont M. FrayssinoNs s’est fait le représentant, et que soutiennent les nouveaux précepteurs et les alentours du duc de Bordeaux. On voit que le parti légitimiste ne manque pas d’activité et de sève. D’ailleurs, les théories ne s’agitent pas seulement, et en attendant que la France choisisse un jour entre les quatre restaurations qui lui seront offertes, ses agens les plus actifs se jettent dans le Portugal et dans la Vendée. M. de Bourmont a reçu de nouveaux renforts d’officiers français, et, dans l’impossibilité de faire le siège de Lisbonne qui se fortifie d’une manière formidable, il organise une guerre