Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/238

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Les deux élémens qui avaient fondé la restauration de Henri, les royalistes de Biron et les huguenots de Condé, de Bouillon, de Mornay et de Sully, furent mécontens de cette conduite. Quand on examinera de près le procès de Biron, à mesure qu’on touchera les faits révélés par les pièces contemporaines, on se convaincra de cette vérité : c’est que l’ingratitude de Henri IV envers l’ami de sa cause, cette froide et cruelle persévérance qui demande au parlement une tête couverte des lauriers d’Arqués, d’Ivri, est motivée par une pensée de sûreté politique. Les gentilshommes royalistes, qui avaient servi Henri IV aux jours de ses malheurs, s’indignaient de se voir oubliés et méconnus par le prince qu’ils avaient élevé sur le pavois ; leurs nobles épées avaient protégé les droits de la famille du Béarn, et maintenant ils se croyaient sacrifiés à ceux-là même qui avaient combattu Henri IV ! D’Épernon commandait en Provence, et on lui arrache sa province pour la donner à Guise, le fils et l’expression de la sainte Ligue ; Biron avait conquis la Bourgogne, et on veut la rendre à Mayenne ; Brissac, ligueur jusqu’à la prise de Paris, obtient la Bretagne ; on dépouille encore Biron du titre de grand-amiral pour le donner à Villars, ligueur acharné qui livre Rouen en désespoir de cause. Ces poitrines de gentilshommes, si souvent exposées aux balles d’arquebuse pour Henri de Navarre, ne devaient-elles pas palpiter d’indignation en voyant ce renversement de toutes les idées de loyauté et de fidélité de race ? La conjuration du maréchal de Biron fut en quelque sorte l’expression de ces mécontentemens armés. Il fallut frapper haut et fort ; Henri IV s’y résigna avec cette froideur politique qui ne connut point de pardon, car le duc de Biron ne voulut point faire des aveux avilissans qui eussent perdu la gentilhommerie. Ce chef avait traité avec l’étranger, dit-on ; mais, à cette époque, quel était l’homme ou le parti qui ne traitait pas avec l’étranger ? Le principe territorial n’existait point dans son énergie ; Henri IV, pour avoir sa couronne, marchait avec les Anglais d’Elisabeth, les reistres d’Allemagne, les Suisses et les Genevois : la Ligue appelait les Espagnols et les Savoyards : c’était coutume de se mouvoir par le principe religieux en dehors de la terre. La patrie du ciel n’avait point encore cédé à la patrie du sol. Les liaisons de Biron avec la Savoie ne furent point les motifs réels de ce jugement implacable. Henri IV avait besoin de donner une leçon au parti royaliste qui l’avait élevé et qui devenait impérieux ; il l’effraya en frappant son chef si près du cœur royal.

Henri ne put pas agir aussi librement à l’égard des huguenots, militairement organisés. Les royalistes s’étaient disséminés comme parti, à l’avènement du Béarnais ; les huguenots restèrent en armes, parce qu’ils