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commandans de nos vaisseaux de guerre et corsaires de retarder ou entraver en rien le voyage que ledit navire compte faire, soit au sujet de la guerre présente, ou d’aucune autre hostilité qu’on puisse alléguer en ce moment. »

Les choses étaient ainsi engagées qu’il n’était plus possible de reculer, et qui aurait osé conseiller à l’empereur quelque modération à cette grande époque où, vainqueur de la coalition, il parcourait son royaume d’Italie, lorsque les plaintes du commerce neutre arrivaient de toutes parts ? Dans les palais de marbre de Milan, entouré de ce cortège de rois qui accompagnaient ses pompes triomphales à Iéna et Friedland, tout puissant du traité de Tilsitt qui le rapprochait de la Russie, alors qu’il rêvait avec Alexandre le partage du monde, est-il bien étonnant que l’empereur ne gardât plus de mesures, et qu’il lançât son grand décret de Milan ? Ce décret se composait de trois articles très significatifs : « 1° Tout bâtiment, de quelque nation qu’il soit, qui aura souffert la visite d’un vaisseau anglais, ou se sera soumis à un voyage en Angleterre, ou aura payé une imposition quelconque au gouvernement anglais, est, pour cela seul, déclaré dénationalisé, a perdu la garantie de son pavillon, et est devenu propriété anglaise ; 2° soit que lesdits bâtimens, ainsi dénationalisés par les mesures arbitraires du gouvernement anglais, entrent dans nos ports ou dans ceux de nos alliés, soit qu’ils tombent au pouvoir de nos vaisseaux de guerre ou de nos corsaires, ils sont déclarés de bonne et valable prise ; 3° les Iles Britanniques sont déclarées en état de blocus sur mer comme sur terre. Tout bâtiment, de quelque nation qu’il soit, quel que soit son chargement, expédié des ports de l’Angleterre, ou des colonies anglaises, ou de pays occupés par les troupes anglaises, ou allant dans lesdits pays et colonies, est de bonne prise, comme contrevenant au présent décret ; il sera capturé par nos vaisseaux de guerre ou par nos corsaires, et adjugé au capteur [1]. »

Je commence par déclarer ici que tout ce droit de violence était exceptionnel, qu’il n’y avait pas dans l’histoire d’exemples d’un code aussi impitoyable appliqué par un belligérant aux neutres. Ainsi le voulait la guerre déclarée entre les deux puissances. Mais les Américains n’ignoraient pas ces mesures ; elles étaient publiques, on les proclamait à la face du ciel. Quand ils s’engageaient sur les vastes mers, quand ils s’aventuraient à travers les restrictions de toute espèce, animés qu’ils étaient par les chances d’un bénéfice énorme, ils s’exposaient à tous les hasards de l’état de guerre. Tous ces actes et ces décrets avaient un délai pour leur exécution ; ils étaient

  1. Moniteur du 30 décembre.