Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/577

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


se mêlent de coups d’état, et ils n’ont point de troupes ! Les ponts ne sont pas occupés ; aucune mesure défensive ! — Tout est tranquille, répondit-on. — Tout est tranquille ? répliqua-t-il. Aujourd’hui peut-être ; mais demain les coups de fusil ; après-demain, qui sait ? je serai forcé de demander mes passeports. »

Le corps diplomatique était plongé dans une grande perplexité. Le 28 juillet, M. de Polignac ne lui avait fait encore aucune communication officielle. Les ambassadeurs ne savaient à quoi s’arrêter ; ils se réunirent pourtant chez M. Pozzo di Borgo, afin de convenir d’une résolution commune. Le représentant de la Russie estima que les événemens n’avaient pas encore un caractère tellement décisif, qu’il y eût à prendre une mesure diplomatique ; il pensait qu’il fallait attendre la fin de la lutte, et qu’il n’y aurait lieu à intervenir qu’autant que le gouvernement serait sérieusement ébranlé dans ses principes légitimes. Cet avis fut adopté : on décida qu’on resterait à Paris, et qu’on ne se mêlerait en rien des affaires, à moins qu’on ne reçût de Charles X quelque notification officielle. Des courriers furent expédiés aux cours respectives pour les avertir et demander des instructions ; les dépêches, en général, blâmaient les derniers actes du gouvernement royal, et s’expliquaient impartialement sur la légalité de l’insurrection.

Le 29 juillet, une note de M. de Talleyrand annonça au corps diplomatique les raisons qui déterminaient le duc d’Orléans à se laisser investir de la lieutenance-générale du royaume. C’était de la part de ce prince un acte de dévouement nécessaire et purement provisoire. On maintenait par lui tous les droits ; on consacrait la légitimité ; on opposait une digue au peuple débordé. D’ailleurs, on se faisait fort d’obtenir l’abdication de Charles X et de son fils.

Le moyen était habile. On sentait l’importance de garder près de soi le corps diplomatique ; le nouveau pouvoir s’y prenait avec lui plus adroitement que la candide cour de Saint-Cloud.

M. Pozzo di Borgo approuva la mesure, qu’il croyait prudente. Les démarches de quelques amis du duc d’Orléans décidèrent en outre l’ambassadeur à ne point demander ses passeports et à rester, afin de fortifier de son appui la barrière élevée contre l’inondation populaire ; mais quand le lieutenant-général eut pris la couronne, quand les chambres l’eurent proclamé, la question de séjour devint plus délicate pour le représentant du czar. Toutefois, il n’est point douteux qu’il eût quitté Paris, s’il n’y eût été amusé et retenu par la représentation d’une comédie analogue à celle qu’on envoyait M. de Mortemart jouer à Saint-Pétersbourg, comédie d’autant plus piquante, que ce dernier était acteur de bonne foi.