Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 2.djvu/106

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seul regard tous les aspects de la vie, de mêler sur le même visage le rire et les larmes, d’amener sur les lèvres d’un même homme le sarcasme et les sanglots, c’est une chose facile à comprendre, c’est une évolution légitime et naturelle du génie poétique ; mais dans le fait qui s’accomplit sous nos yeux, je ne sais pas lire la condamnation irrévocable de la comédie. Ni Molière, ni Beaumarchais ne peuvent se recommencer, je le veux bien. Mais, entre l’analyse impartiale du XVIIe siècle et la satire passionnée du XVIIIe, il y a place à coup sûr pour une comédie nouvelle. Que les types généraux du ridicule soient épuisés pour un siècle ou deux, à la bonne heure ! que le pamphlet soit aujourd’hui passé de mode, il n’y a là rien qui doive nous étonner. Mais il reste encore à trouver une comédie tout entière, la comédie politique.

Or, à quelles conditions cette comédie nouvelle pourra-t-elle se réaliser ? Où sont les sujets qu’elle pourra traiter impunément ? Le poète que nous attendons empruntera-t-il avec un égal bonheur le thème de ses méditations à l’histoire du passé ou à l’histoire contemporaine ? Et pour cette comédie nouvelle, faudra-t-il créer des formes sans exemple jusqu’ici ? Est-il possible aux gouvernemens modernes d’accepter la comédie politique et d’envisager sans colère ce nouvel ennemi ? et d’abord le ridicule n’est-il pas voué à la vieillesse la plus rapide ? N’est-ce pas folie de ranimer les cendres des vices qui ne sont plus ?

Je pense très sincèrement que les deux momens de la comédie politique, à savoir le moment historique, et le moment contemporain, ont la même valeur, si non la même puissance. Le rôle d’Aristophane peut fort bien ne pas convenir à tout le monde. Les Cléon de nos jours n’ont pas l’humeur si facile que les Cléon d’Athènes. Nous avons des lois plus empressées à punir le railleur. Le passé, où l’on est sûr de ne blesser personne, est encore pour le génie comique un champ assez vaste, assez fécond. Vienne pour labourer ce sol vierge encore une main vigoureuse, un œil exercé, et la gerbe mûrira.

Sans doute la comédie historique offre des difficultés nombreuses. Libre de toute préoccupation personnelle, sûr de ne rencontrer sur sa route aucune vanité jalouse ou hargneuse, il faut que le poète lutte contre l’ignorance et l’oubli. Pour appeler