Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 2.djvu/115

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


exaltent un petit nombre d’habiles ou d’heureux, et trouvent quelques siècles plus tard des hommes de génie pour en révéler la profondeur. Je crois donc qu’aucun livre, quelque bien fait qu’il soit, ne guérira les gens tourmentés aujourd’hui du malaise de l’émigration. Il est possible qu’un souverain ait déterminé la publication du livre que j’ai sous les yeux, car les idées en sont graves, morales, lourdes, le style pesant, hérissé de phrases longues d’une page, vraies phrases de chancellerie, et sentant d’une lieue le professeur protestant. C’est une œuvre qui manquera son but, d’autant plus sûrement, que l’auteur s’adresse à la réflexion froide et impuissante, au lieu de frapper l’esprit par des faits, et de faire rebrousser les convictions établies en effrayant l’égoïsme. Enfin je n’ai jamais vu livre qui exposât plus complètement mes idées et qui me déplût davantage.


WANDERUNGEN DURCH SICILIEN UND DIE LEVANTE (Voyage dans la Sicile et dans le Levant). Première partie, I vol. in-l2. Berlin.

C’est une chose reconnue par ceux qui lisent, qu’il faut se garder de juger un livre d’après un premier désappointement, surtout quand ce désappointement vient d’un espoir exagéré, ou, comme disent si bien les Allemands, d’espérances sanguines. Cette faute, j’avoue l’avoir faite à propos du présent livre, qui vaut mieux, après tout, que l’opinion qu’on en pouvait prendre. L’auteur anonyme s’annonce dès l’abord avec la quintuple qualité de poète, peintre, antiquaire, musicien et savant. L’ouvrage est distribué par chapitres, en forme de lettres adressées à une dame nommée Annunziata. La préface, en guise de dédicace, est une pièce de vers qu’on ne lit pas jusqu’au bout, parce qu’on se lasse d’attendre une idée. Rien n’est encore désespéré, parce qu’on peut avoir beaucoup d’esprit, de jugement, et de poésie dans l’ame, et se trouver gêné par la versification. La forme même du livre, qui entraînerait à la frivolité un auteur français, peut n’être pour un Allemand que le salutaire engagement d’être moins spécial que de coutume, d’intéresser par des détails plus humains, par des artifices auxquels la masse des lecteurs se laissera toujours prendre. Pourtant la date de la première lettre est inquiétante, car nous rétrogradons en 1822 ; c’est prendre trop de temps pour réfléchir que de publier un voyage au bout d’un laps de douze années. N’importe, cette date est curieuse, car le voyageur rencontre cette année-là la garnison autrichienne à Palerme, et il peut être intéressant de savoir quelle action eurent sur la Sicile la révolution de Naples et les déceptions qui la suivirent, renseignemens que je ne sache avoir été donnés par personne. Les informations recueillies à cet égard par l’auteur se bornent, pour Palerme, à la destruction de