Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 2.djvu/160

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans la régence, et la Mecque est aujourd’hui privée d’une partie de ses revenus : on pourrait, au prix de la reconnaissance de notre possession, se charger de régulariser la perception des rentes des établissemens pieux, et par cette convention, le paiement du tribut entre nos mains deviendrait pour les Arabes une prescription de la religion qui le leur défend aujourd’hui. Ceci est très important dans un pays où la loi politique est une avec la loi religieuse, et où le paiement du tribut constitue la reconnaissance de la souveraineté.

Cette difficulté capitale levée, notre position deviendra infiniment meilleure que celle des Turcs. Les indigènes n’avaient que des raisons de s’éloigner de ceux-ci ; ils n’en auraient que de se rapprocher de nous. Le lucre est aussi un dieu pour les Arabes ; ils ne recevraient un écu que par nous, maîtres, par la mer, de tous les débouchés : nous appellerions le commerce dans les rades inhospitalières d’où il ne partait autrefois que des forbans ; chaque bâtiment qui viendrait y mouiller établirait un point de contact entre l’Europe et les habitans de l’intérieur, et bientôt les conséquences d’une guerre maritime devenant à ceux-ci aussi dommageables qu’à nous, leur en ferait considérer l’auteur comme un ennemi. Quand notre civilisation se serait substituée, dans l’administration du pays, à la barbarie rétrograde des Turcs, l’intelligence rapide et l’esprit perfectible des Arabes iraient au-devant de toutes les mesures que nous prendrions dans leur intérêt et dans le nôtre.

La réduction considérable que l’adoption de ce système permettrait d’opérer sur les vingt-huit mille hommes de troupes que nous entretenons à Alger [1] ferait évanouir les plus vives animosités sur Lesquelles se fonde la nécessité de leur présence. Nous n’avons pas eu le bon sens des Romains, qui se gardaient d’aller disputer aux Peuples conquis leurs demeures et bâtissaient la ville romaine à ôté de la ville barbare : nous avions promis de respecter la religion, et nous avons établi nos manutentions dans les mosquées ; la propriété,

  1. Voici, d’après le budget de 1836, l’état de l’effectif à entretenir en Afrique : il est inférieur à celui des années précédentes et supérieur à ce qu’a jamais eu notre armée d’Égypte coutre les forces réunies de l’empire ottoman et de l’empire britannique. La bataille d’Héliopolis a été gagnée par onze mille Français sur soixante mille Turcs commandés par le grand-visir.
    Officiers Sous-Officiers et soldats Totaux Chevaux
    État-major 118 45 163 116
    Gendarmerie 8 194 202 101
    Infanterie française 433 11,105 12,138 129
    Infanterie étrangère 209 5,982 6,191 59
    Cavalerie française 162 2,69 2,631 2,273
    Cavalerie étrangère 44 996 1,040 840
    Artillerie 27 1,230 1,257 722
    Genie 39 1,541 1,580 230
    Six compagnie de discipline 30 1,207 1,237 2
    Vétérans 36 1,520 1,356
    Vivres, hôpitaux, équipages 375 755 1,130 570
    Totaux 1,481 27,444 28,925 5,138


    Sur quoi, il y a dans les dépôts en France : 1,075
    Reste en Afrique : 27,850.