Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/343

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le génie, de Thémistocle et d’Athènes une, affectueuse, partialité, mais son cœur est toujours juste, son esprit toujours infini, et il persévère dans la force de tout embrasser et de tout comprendre.

Un des plus grands charmes qu’on éprouve dans la lecture des neufs Muses est dans la variété des faits qui passent sous nos yeux. Hérodote n’est pas un historien politique comme Thucydide, pragmatique comme Polybe ; il embrasse tout, la nature comme les sociétés : il décrit les fleuves aussi bien que les peuples ; et dans son œuvre, toutes les puissances naturelles servent à l’homme de cortége. On ne pouvait, avec plus de convenance, ouvrir la série des grandes histoires de l’humanité ; la première devait naturellement être universelle et tout contenir. Et cette universalité primitive répond avec bonheur aux dispositions de notre siècle qui, à l’autre extrémité du temps, travaille à douer le monde de la conscience complète de lui-même.

Que de fois il nous est arrivé de recommencer par notre pensée les courses et les voyages d’Hérodote ! Que de fois nous l’avons suivi dans Thèbes, dans Memphis, dans Babylone et dans Athènes, dévoré d’une curiosité que l’illustre conteur ne rassasiait pas ! En se replongeant dans le passé, on agrandit la vie, et l’on contracte la force de mieux s’élancer vers l’avenir. Il nous semblait qu’en nous asseyant avec l’historien sur les degrés du temple de la théocratie, notre œil discernerait mieux l’enchaînement des progrès de la sociabilité humaine. Nous terminerons ici, avec le père de l’histoire, ces études que nous avions entreprises. Nous avions eu le dessein de travailler à la divulgation des choses du passé, tant par la biographie que par l’histoire, de nous arrêter à peindre plusieurs grands hommes, à part, dans leur figure et leurs qualités individuelles. Mais le temps manque, ou plutôt il nous emporte. L’homme dans cette vie est obligé de jeter à la mer la plus grande partie de ses projets pour sauver le reste, et il n’a que le choix des sacrifices. Nous abandonnerons donc à regret ce culte particulier que nous avions voué aux grands hommes, et ces autels solitaires que nous leur avions obscurément élevés. Notre consolation est l’espérance de les retrouver un jour, de les saluer et de les peindre en passant dans la grande arène du genre humain.

L’histoire est admirable pour attester à la fois la liberté humaine et la nécessité divine. Doutez-vous que l’homme soit libre, regardez