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d’éclat et de gloire. Arrivées tardivement pour prendre part au premier partage d’une moitié du globe, ces trois puissances ont, pendant le cours du XVIIe siècle, trouvé, dans l’esprit d’entreprise et d’aventure, les moyens de fonder, en Amérique et sur la route des Indes, des établissemens dont on ne peut méconnaître l’influence sur les richesses et le bien-être des générations actuelles.

Les premiers essais de colonisation n’ont pas toujours été heureux. Les émigrations se faisaient sous la direction de quelques hommes entreprenans qui sollicitaient et obtenaient des concessions de souverains, et regardaient les pays découverts comme dévolus aux premiers occupans. Les nouveaux venus avaient à lutter contre les sauvages habitans des terres à coloniser, contre les prétentions des plus anciens explorateurs, contre la jalousie des colons voisins, plus que tout cela, contre l’influence et les inconvéniens de climats peu favorables, enfin contre le manque d’abris et de vivres. Souvent la colonie périssait avant d’avoir pu se constituer, et de faibles débris regagnaient le pays natal, ou allaient se fondre dans des établissemens plus heureux. De semblables exemples n’avaient cependant pas le pouvoir de décourager de nouvelles tentatives. D’autres aventuriers, quelquefois sortis d’une nation différente, se présentaient à leur tour. Guidés par des chefs plus habiles, mieux pourvus des ressources nécessaires, ils finissaient par vaincre les difficultés et par constituer une colonie régulière que la métropole avait intérêt de protéger et de secourir, car un sentiment presque instinctif faisait dès-lors reconnaître qu’elle deviendrait pour la mère-patrie une source de richesse et de prospérité.

La domination de l’Espagne et celle du Portugal s’étaient rapidement consolidées dans la majeure partie des deux continens de l’Amérique ; mais, outre le littoral tout entier de l’Amérique septentrionale, les îles nombreuses dont l’archipel forme une ceinture autour du golfe du Mexique et de la mer des Antilles, offraient aux autres peuples européens des chances d’établissement. La suprématie espagnole n’était là que nominale. Elle ne pouvait suffire à défendre l’immense étendue des pays sur lesquels ses prétentions s’étendaient. Aussi, pendant toute la première moitié du XVIIe siècle, les Anglais, les Français, les Hollandais, plus tard les Danois, vinrent-ils occuper les points le plus à leur convenance. Les faibles héritiers du trône de Charles-Quint ne pouvaient y mettre obstacle ; et les traités successifs qui ont réglé le droit public de l’Europe, ont en même temps reconnu les changemens de domination que le temps et les guerres avaient déjà consacrés.

Les premiers chefs des colons, concessionnaires ou compagnies privilégiées, avaient à diriger, vers un but utile, les travaux des hommes