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j’en ai ressenti l’irrésistible puissance. Revenant de la Laurenziana, bibliothèque des Médicis, j’entrai, je ne sais comment, dans la chapelle où cette race, la plus fastueuse de l’Italie, s’est fait tailler de pierres précieuses la couche où elle sommeille tranquillement. J’y demeurai une heure entière, perdu dans la contemplation d’une femme de marbre dont l’énergique structure témoigne d’une force audacieuse, tandis que la figure paraît flotter comme dans une douceur éthérée qu’on n’a pas coutume de chercher dans les œuvres du même sculpteur. Dans ce marbre est enfermé l’empire entier des songes avec ses enchantemens silencieux ; un calme tendre et délicat repose dans ces beaux membres, un clair de lune assoupissant semble couler dans ses veines… C’est la Nuit de Michel-Ange Buonarotti. Oh ! que je voudrais dormir du sommeil éternel dans les bras de cette Nuit !…

Les femmes peintes, continua Maximilien après une pause, m’ont toujours moins vivement intéressé que la nature de marbre. Une fois seulement je devins amoureux d’un tableau. C’était une admirable madone, dont j’avais fait la connaissance dans une église à Cologne sur le Rhin. Je devins alors un visiteur d’église fort assidu, et mon ame s’enfonça dans le mysticisme de la foi catholique. À cette époque, j’aurais volontiers, comme certain chevalier espagnol, soutenu tous les jours un combat mortel en l’honneur de l’immaculée conception de Marie, reine des anges, la plus belle dame du ciel et de la terre. Je devins froid à l’égard de Dieu le père, chose très pardonnable dans la fausse position où je me trouvais vis-à-vis de lui. Pour le Fils, au contraire, j’éprouvais un penchant bienveillant et presque paternel. J’aimais son caractère noble et enthousiaste. Qu’il se fut sacrifié avec tant de désintéressement pour le salut de l’humanité, je ne pouvais sans doute l’approuver tout-à-fait, à cause de la grande douleur que cela fit à sa mère. Je m’intéressai pendant ce temps à toute la sainte famille, et je tirais mon chapeau avec grand empressement quand je passais devant une image de saint Joseph. Mais cet état ne dura pas long-temps, et je quittai presque sans cérémonie la sainte Vierge, quand j’eus fait dans le musée de Cassel la rencontre d’une nymphe grecque qui me retint long-temps captif dans ses chaînes de marbre.

— Et n’avez vous donc aimé jamais que des femmes sculptées ou peintes ? dit en ricanant Maria.