Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/437

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à Londres avaient reçu mission de protéger. Les hommes de prévoyance se rattachaient d’ailleurs à ces demi-mesures, bien plus comme à des expédiens dilatoires, que comme à des résultats définitifs.

Un prince d’Orange à la tête d’une révolution dont le mobile était la haine de la Hollande eût été une monstruosité dans l’ordre moral. La séparation administrative était une absurdité dans l’ordre politique. Quelles eussent été dans ce cas les limites des provinces méridionales et septentrionales ? Toutes les questions territoriales débattues à Londres n’auraient-elles pas surgi lors de cette fixation, et, pour les résoudre, le roi Guillaume aurait-il joué le rôle de la conférence ? Se figure-t-on un prince, maître Jacques politique, sanctionnant pour les deux parties d’un même royaume les principes les plus opposés : en Hollande, la liberté commerciale ; en Belgique, le système protecteur ; faisant fleurir ici la législation française, ailleurs les coutumes des Provinces-Unies ; élevant des barrières de douanes entre ses deux moitiés d’état, commandant à deux armées, parlant deux langues officielles, s’exprimant le matin en français en qualité de roi de Belgique, le soir en idiome néerlandais comme roi de Hollande ?

Quand la branche aînée des Bourbons disparut dans une tempête qui grossissait depuis quinze ans, nombre d’esprits élevés et de nobles cœurs faisaient aussi des vœux pour que le mouvement populaire, après avoir assuré le triomphe de la Charte et de la liberté, s’arrêtât devant un redressement de griefs, puis devant le front découronné d’un vieillard, enfin devant le berceau d’un enfant. L’Europe partageait ces vœux de conciliation et de paix ; mais elle comprit toutes les impossibilités d’une situation terrible, et peut-être devina-t-elle qu’il serait plus difficile de se faire accepter par une révolution dont on était né l’ennemi que de la contenir lorsqu’on en sort. Sa conduite à Paris traçait d’avance sa conduite à Bruxelles.

Qu’on ne tire pas de conséquences trop absolues de cette similitude établie entre la royauté de la maison de Bourbon en France et celle de la maison d’Orange dans les Pays-Bas. Ces situations n’étaient analogues qu’en ce qu’elles reposaient sur un antagonisme également inconciliable : il suffit, pour en apprécier les différences, de voir ce qu’est aujourd’hui l’orangisme en Belgique. Si l’on dit que l’opinion légitimiste est aussi impuissante en France que l’opinion orangiste peut l’être dans les Pays-Bas, je l’accorderai volontiers, car je ne crois pas plus d’avenir à l’une qu’à l’autre ; mais au moins le parti légitimiste se lie-t-il chez nous à une cause aussi vieille que la monarchie, et a-t-il reçu en d’autres temps le baptême des tribulations. Si les espérances s’éteignent graduellement dans son sein, il lui reste cependant une