Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/663

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Cette disposition par laquelle on parut vouloir satisfaire aux exigences de deux importantes cités, avait pourtant une portée toute différente. Il s’agissait de contraindre par voie indirecte la ville de Louvain, à laquelle on enlevait un établissement en pleine prospérité, à livrer à l’université fondée par les évêques, et provisoirement établie à Malines, ses magnifiques collèges, son immense bibliothèque, enfin tout ce qui s’attache de prestige à son vieux nom et à ses glorieux souvenirs. Ce plan, conçu avec plus d’habileté que de franchise, fut couronné d’un plein succès. Les offres de la régence furent acceptées avec empressement. Au bruit du canon de la garde civique et du bourdon de la vieille cathédrale dont les hautes tours tombèrent le jour même où mourut Juste-Lipse[1], sous ces gothiques arceaux où le moyen-âge sembla pour un jour secouer son sommeil, les prudhommes de la cité, traitant librement avec les délégués des évêques, leur remirent, par un contrat solennel, ces bâtiments grandioses

  1. On rapporte que le savant commentateur de Tacite et de Sénèque était au lit de mort lorsqu’un grand bruit se fit entendre : c’était la haute tour de Saint-Pierre qui tombait avec fracas. Le roi d’Espagne venait de mourir, le pape l’avait suivi dans la tombe, le flambeau de la science s’éteignait, et la colère divine frappait en même temps le plus bel édifice des Pays-Bas. Associant tous ces grands désastres dans sa pensée, le moribond s’écria en poussant un long et dernier soupir : Qmnia cadunt.