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Sous la restauration, les fonds départementaux étaient absorbés par de somptueuses et inutiles constructions, on bâtissait des séminaires, des palis de justice, des hôtels de préfecture ; les capitaux n’avaient qu’un emploi improductif. Aujourd’hui, un petit nombre de départemens et les moins éclairés conservent seuls cette manie stérile ; la grande majorité des conseils a employé les centimes variables et les centimes facultatifs, en allocations aux routes, au cadastre, à l’instruction primaire. Au-delà des 49 centimes 1/2, alloués par le budget, plusieurs ont voté des contributions extraordinaires pour créer ou pour achever les lignes de grande vicinalité.

Nous ne ferons pas le même éloge des idées économiques qui ont prévalu dans ces assemblés. Pour subvenir aux frais des grands travaux, on a préféré généralement une surcharge d’impositions à un emprunt, bien que ce dernier mode eût l’avantage d’appeler les capitaux étrangers à l’amélioration du sol. On s’est trop préoccupé de la situation fâcheuse de quelques grandes villes qui ne souffrent pas, comme on le croit, pour avoir trop emprunté, mais pour avoir follement dissipé le produit de ces emprunts.

Le caractère des conseils généraux, c’est donc la prudence administrative avec une grande sollicitude pour l’amélioration des intérêts matériels. Ces assemblées ajouteront à la prospérité de la France ; elles feront peu de chose pour sa grandeur. Rien n’égale la défaveur dont les arts et les lettres y sont l’objet. Les conseils agissent comme ces parvenus qui, tout le temps qu’ils amassent péniblement des ressources pour l’avenir, ne songent point à élever des palais ni à les décorer de statues, de tableaux et de meubles précieux.

Entre cent exemples, nous choisirons celui-ci. Dans un département du midi, le président, homme de science et d’honneur, également considéré de tous les partis, avait demandé une subvention de 3,000 francs pour augmenter la bibliothèque publique du chef-lieu. La proposition fut mal accueillie. « Que nous en reviendra-t-il, disaient les représentans des cantons éloignés, à nous qui ne venons à la ville qu’une ou deux fois par an ? », Après de longs débats, le conseil alloua la subvention, mais à la condition expresse que ce vote serait regardé comme une marque de déférence pour le président, et qu’il n’engagerait point l’avenir.

Partout où il existe une assemblée élective, il naît en même