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de feu ce pauvre Cénacle d’ici, il y a, à la fin de la Thébaïde, un cri, un vœu à la fois modeste et touchant du poète sur son livre, au moment où il l’achève :

Vive, precor ; nec tu divinam AEneïda tenta ;
Sed longè sequere, et vestigia semper adora !

Ce Vive, precor ! adressé à son livre, ou plutôt au critique des âges futurs, m’aurait été au cœur (à la place de M. Nisard) en faveur d’un poète que Dante n’a pas dédaigné d’admettre dans le groupe sacré. Dante, en lui conférant cet honneur, pensait assurément à ce vers si tendre, si pieux pour leur guide commun, Virgile. Sans me porter ici pour un défenseur de Stace comme l’était Malherbe, sans me donner du tout les airs d’avoir lu jusqu’au bout sa Thébaïde, il me semble, que dans les Sylves, plus d’une de ces pièces improvisées, non pas à la manière de Sgricci, mais comme le sont beaucoup de pièces de Hugo et de Lamartine, c’est-à-dire en deux matinées, méritait quelque distinction pour de charmans vers qui s’y trouvent. Qu’ai-je dit ? nous autres auteurs de Sylves, nous sommes trop de ce bois-là pour en parler.

M. Nisard, qui se pique en général de suivre les lois de Malherbe et de Boileau, s’est mis, après force précautions ingénieuses, en contradiction avec ce dernier à propos de Perse, et j’avoue que de tous les jugemens de son livre instructif, celui qu’il porte sur ce satirique latin m’a le plus étonné et, pour parler franc, m’a tout-à-fait révolté par l’injustice criante et la latitude de la conjecture. En lisant et relisant cet article, je le conçois si peu en lui-même, que je cherche de tous côtés autour de nous quel pauvre diable de poète de vingt-huit ans est mort et a mérité, par sa précocité de production et à la fois par sa maigreur d’esprit, toutes les sentences écrasantes qu’endosse, en son lieu et place, le malheureux Perse. S’emparant d’une imitation que Boileau a faite d’un passage de Perse : Mané piger stertis… Debout ! dit l’Avarice, il est temps de marcher, M. Nisard donne tout l’avantage à Boileau, et parce que Perse oppose à l’avarice qui pousse le marchand en Asie, Luxuria, la Volupté ou plutôt ici l’amour du luxe et des aises et du bien-être, le critique chicane Perse sur cette volupté qui empêche le marchand de partis : « Est-ce bien le plaisir, dit-il, « qui fait hésiter le marchand anglais qui va s’embarquer pour