Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/502

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sauf de très rares articles, à une collaboration purement littéraire ; et ce fut alors, en effet, que je me montrai « fort attentif au mouvement poétique et littéraire » de cette époque, et que j’en appréciai avec sympathie les principaux écrivains, y compris M. Sainte-Beuve, mais sans pour cela moins goûter les excellens articles de M. Saint-Marc, et ce tour d’esprit si heureux, cette langue si nette, à laquelle je conviens que mes prédilections littéraires sont restées, malgré la différence de sentimens et de conduite. Je suis de ceux qui aiment le talent en lui-même, indépendamment de l’emploi qu’on en fait, et qui, au besoin, se consoleraient d’être battus s’ils l’étaient de main habile. C’est une impartialité dont M. Sainte-Beuve devrait me savoir gré plus que personne, car c’est par elle que j’ai souvent admiré la rare finesse d’esprit et de plume avec laquelle il exposait et embellissait des théories littéraires, à mon sens erronées, et que, tout en sentant au vif les traits de son dernier article, j’avais la tête assez froide pour apprécier de quelle main adroite et sûre ils m’ont été lancés.

Je ne pense point, monsieur, me départir de mon dessein de ne pas toucher aux griefs littéraires, en me plaignant que M. Sainte-Beuve, qui m’a doué ailleurs d’ambition, c’est-à-dire, apparemment, d’esprit de suite et de gravité, m’ait présenté comme attiré et repoussé tour à tour par l’esprit et le style leste de M. Saint-Marc Girardin, et enfin tenté par l’excellence de l’écrivain dans Armand Carrel. Il est peu d’ambitieux, même de l’espèce littéraire, qui se déterminent par de pures considérations de style, et qui passent du parti qui est au pouvoir au parti persécuté et opprimé, de la presse qui enrichit ses écrivains à la presse qui les ruine, pour de simples préférences de critique. Quoique j’aie, en effet, beaucoup de goût pour le beau style, ce n’est pas la différence de celui de M. Saint-Marc Girardin à celui d’Armand Carrel qui m’a fait quitter le Journal des Débats, où, en fait de style, il y a eu quelquefois de quoi satisfaire les plus difficiles, pour le National, ou plutôt pour le journal d’Armand Carrel. J’ai été, comme beaucoup d’esprits plus sincères que prévoyans, partisan de conviction du nouveau gouvernement, et il est très vrai « qu’après juillet, je n’ai pas aussitôt haï l’usage qu’on avait fait de la victoire. » Loin de là, frappé de voir un roi qui travaillait au lieu de chasser, qui n’avait ni confesseur ni maîtresse, qui avait commencé par n’être qu’un homme, je demandai à faire de la politique active, et, pendant près d’un an, je défendis le nouvel ordre de choses, d’abord avec ferveur, ensuite par la force de l’habitude et avec la verve du pupitre, à la fin avec un commencement de dégoût et d’impuissance. Le doute m’était venu sur bien des points, principalement sur la politique extérieure, que tant d’esprits voulaient et veulent encore plus hardie et plus digne de la France. Sous ce rapport, j’étais et je suis encore sous