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mois de l’année 583 ; aussitôt le roi Hilperik réunit ses troupes et commença la guerre pour son compte, sans attendre la coopération effective des forces austrasiennes [1].

Son plan de campagne, dans lequel il serait permis de voir l’inspiration d’une intelligence supérieure à la sienne, et, un nouveau fruit des conseils de l’habile chef gallo-romain, consistait à s’emparer tout d’abord, par une attaque simultanée, des deux places les plus importantes de la frontière orientale du royaume des Burgondes, la cité de Bourges et le château de Melun. Le roi voulut commander lui-même l’armée qui devait marcher vers ce dernier point, et il remit à Desiderius, qu’il avait fait duc de Toulouse, le soin de conduire, à l’aide d’une grande levée d’hommes faite au sud de la Loire, les opérations contre Bourges. L’ordre qui fut expédié de la chancellerie neustrienne au duc de Toulouse et à ceux de Poitiers et de Bordeaux, pour l’armement général des milices de leurs provinces, était d’une concision bizarrement énergique : « Entrez sur le territoire de Bourges, et arrivant jusqu’à la ville, faites-y prêter le serment de fidélité en notre nom [2]. »

Bérulf, duc de Poitiers, proclama son ban de guerre dans le Poitou, la Touraine, l’Anjou et le pays de Nantes ; Bladaste, duc de Bordeaux, fit armer les habitans des deux rives de la Garonne, et le duc de Toulouse, Desiderius, convoqua sous sa bannière les hommes libres des contrées de Toulouse, d’Alby, de Cahors et de Limoges. Ces deux derniers chefs, réunissant leurs forces, entrèrent dans le Berry par la route du sud, et le duc Berulf, par celle de l’ouest [3]. Les deux armées d’invasion se composaient presque entièrement d’hommes de race gallo-romaine ; celle des méridionaux, commandée en chef par Desiderius, le meilleur des généraux neustriens, fit plus de diligence que l’autre, et malgré l’énorme distance qu’il lui fallut parcourir, elle arriva la première

  1. Quod cum juramento firmassent obsidesque inter se dedissent, discesserunt. Igitur fidens in promissis eorum Chilpericus, commoto regni sui exercitu… (Gregorii Turon., Hist. lib. VI, pag. 281.)
  2. Tunc misit nuntios ad supradictos duces, dicens : Ingredimini Bituricum et accedentes usque ad civitatem, sacramenta fidelitatis exigite de nomine nostro. (Ibid.)
  3. Berulfus verò dux cura Turonicis, Pictavis, Andegavisque, atque Namneticis, ad terminum Bituricum venir. Desiderius verò et Bladastes, cum omni exercitu provinciae sibi commissae, ab alia parte Bituricum vallant. (Ibid.)